Tu ne m’as pas fait jouir, il se passe quoi ensuite ? (3/3)

À coups de témoignages salvateurs, le compte Instagram @tasjoui dénonce l’inégalité au sein des rapports sexuels entre hétérosexuels, pour la plupart dans le « sens unique » du plaisir masculin… et affirme en outre qu’il n’est pas trop tard pour rebattre les cartes et les redistribuer plus équitablement.

La masturbation le prouve : l’orgasme féminin n’est pas un élément mystique. Selon la moyenne, 4 minutes suffiraient en effet à le déclencher. Il peut donc être aussi automatique que son égal masculin, à condition d’impliquer son élément déclencheur : le clitoris. Partant de ce postulat, le plaisir d’une femme devrait pouvoir être satisfait à chacun de ses rapports sexuels (même si ce dernier peut revêtir diverses formes).

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Sexe entre amis (© Sony Pictures)

Or s’il est tout à fait possible d’atteindre le septième ciel, quelques éléments techniques empêchent souvent le décollage : quand certains hommes ignorent tout du clitoris – ce qui est un problème d’éducation, donc de société, et parfois aussi de mauvaise volonté – certaines femmes, trop démonstratives ou trop silencieuses, coupent toute possibilité d’amélioration.

1 partout, la balle au centre. Après tout, l’ambition de @tasjoui n’est pas de pointer un responsable du doigt, mais de recentrer ce dernier sur le clitoris. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que vous êtes une personne ouverte d’esprit disposée à modifier ses habitudes… Un peu à l’image des 21% de garçons actuellement abonnés au compte Instagram de Dora Moutot qui, plutôt que d’y voir une menace, réalisent finalement que c’est une lutte commune.

« J’ai reçu quelques insultes, c’était un peu inévitable… Mais j’ai surtout eu énormément de messages de remerciements de la part de garçons, qui prenaient conscience du problème grâce aux témoignages. Certains m’ont même posé des questions très techniques. Et c’est positif, parce que ça prouve qu’ils veulent apprendre et bien faire… Mais je ne peux pas m’aventurer sur ce terrain !« 

Bon. On reprend l’entraînement et on insiste sur le travail d’équipe ?

Côté filles

Arrêter de simuler

Même si certains magazines féminins prônent les prétendues vertus de la simulation sur notre corps  – quitte à s’ennuyer, autant brûler des calories, histoire de coller davantage à un pseudo idéal sociétal de l’image de la femme -, cette pratique, bien trop répandue, devrait être définitivement bannie de vos habitudes.

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Comme l’a parfaitement formulé Dora sous l’un des posts, nous ne sommes pas des « cheerleaders du sexe ». Rien ne sert de flatter les ego, bien au contraire : en donnant l’impression de jouir, vous desservez 1. votre propre cause. Vous anéantissez toute possibilité de dialogue et donc d’amélioration, car si vous faites croire que vous prenez du plaisir, comment voulez-vous que votre partenaire remarque en réalité l’absence de ce dernier ? Et puisse ensuite rectifier le tir ? Banco : vous êtes donc condamnée à continuer de faire semblant. Et oubliez tout de suite l’idée du « fake it till you make it ». Car quand on ne prend pas de plaisir, on perd progressivement le désir.

En simulant, vous desservez également 2. la cause féminine dans son ensemble : ignorant tout de ses maladresses, votre partenaire les réitérera avec la fille suivante qui, si elle simule aussi, perpétuera un cercle vicieux infernal. Jusqu’au jour où vous serez vous-même cette « fille suivante » d’un autre, et récolterez les conséquences d’un silence entretenu. Rien à en tirer, on vous dit.

Oser communiquer

Parler de sexe n’est pas toujours évident, car tout le monde n’est pas aussi décomplexé face au sujet. Affirmer ce que l’on veut requiert en effet du courage, de se sentir suffisamment à l’aise avec la personne, et de réussir à déterminer nos envies. Mais c’est une conversation nécessaire. Vous allez bien devoir parler de protection à un moment donné, de préférence avant le rapport. On ne le dira jamais assez, pas vrai ? Alors glissez-y deux ou trois conseils et allusions à ce que vous aimez, ça ne mange pas de pain.

Bonus du dialogue : vous apprendrez au passage les préférences de votre partenaire et l’expérience n’en sera que plus bénéfique, pour l’un comme pour l’autre. La communication ne serait-elle pas, d’après tous les articles sexo publiés depuis la nuit des temps, la base d’une vie sexuelle épanouie ?

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Et si jamais les mots paraissent encore trop impressionnants, il reste une parure de choix : les gestes. N’hésitez pas à déplacer la main de votre amant et à lui montrer comment faire. Si vous ne remarquez aucun changement de comportement malgré tout ça, c’est un problème d’égoïsme, donc de partenaire. Vous saurez alors quoi faire.

Ne pas vous priver

Non, vos petites lèvres ne sont pas « trop grandes » ou « inexistantes ». Non, votre corps n’est pas « différent » ou « bizarre ». Et non, mille fois non, il n’est dès lors pas impropre à la pratique du cunnilingus. Jetez un œil à @thevulvagallery et oubliez tout de suite l’idée d’une labiaplastie ou d’une nymphoplastie. Célébrez plutôt l’unicité de votre anatomie et n’hésitez pas à partager ce compte à ceux qui vous auraient fait des remarques déplacées à ce sujet sans y être invités.

Quant aux complexes sur les réactions de votre corps face au désir/plaisir : vous ne pouvez pas le réguler. Alors à défaut, posez-vous cette question : un corps qui affirme avec conviction ce qu’il aime, est-ce vraiment une si mauvaise chose ? La réponse que vous cherchez est « non ».

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You go girl! 💪🌈

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Peu importe l’anatomie de votre sexe ou les manifestations de votre corps pendant le rapport sexuel : ce qui importe réellement, c’est que ce dernier soit aussi satisfaisant pour vous que pour le garçon impliqué.

Côté garçons

Se montrer plus attentif

Il est effectivement difficile de déceler un problème si vous n’avez aucun indice, votre partenaire simulant ou ne se plaignant jamais. Peut-être même que vous vous y prenez bien… Mais ça ne coûte rien de vérifier. Ainsi, n’hésitez pas à instaurer un dialogue. Cela permettra à votre partenaire de se sentir à l’écoute, donc plus à l’aise pour en parler. Elle connaît son corps et est en position de vous dire comment mieux le toucher, sans oublier que le clitoris est très sensible. N’appréhendez donc pas ses propos comme des reproches, mais comme des conseils constructifs qui lui permettront simplement de prendre plus de plaisir avec vous : il y a pire motivation, non ?

Ne pas négliger l’importance des préliminaires

Oui, linguistiquement parlant, les préliminaires se situent avant la pénétration. Mais c’est oublier que, dans la plupart des cas, les préliminaires sont expédiés en raison de la montée – plus rapide – du désir masculin, et surtout que l’acte sexuel est un ensemble. Le résumer à un « pendant » soi-disant plus important, c’est adopter une vision hétéro phallocentrée de l’acte où la pénétration impliquant un pénis est sacralisée. Or, les rapports lesbiens n’en sont pas moins sexuels lorsqu’ils sont exempts de tout phallus dans l’équation (voire même, de toute pénétration).

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Ainsi, dans un rapport égalitaire où la jouissance est mutuelle, les préliminaires sont au centre de l’acte et apportent tout autant, voire plus, de plaisir. Ce qui implique de les prolonger après la pénétration si vous remarquez que le plaisir de votre partenaire n’a pas été entièrement satisfait. Après tout, le sexe est une question d’instinct primaire, c’est animal… Donc pourquoi être si protocolaire à sa rencontre ?

Ne pas faire culpabiliser votre partenaire

Acceptez que le rapport sexuel puisse ne pas être parfaitement égalitaire. Le sexe reste une activité spontanée et nombres d’éléments extérieurs peuvent s’immiscer entre vous. La fatigue, le manque d’envie, l’alcool… Tout ceci peut alors déséquilibrer épisodiquement le plaisir (si c’est systématique, ça devient un tantinet plus problématique).

Ainsi, si votre partenaire a déjà atteint l’orgasme au cours des préliminaires, il peut arriver qu’elle ne ressente pas l’envie de continuer plus loin : bienvenue dans le sexe côté féminin. C’est frustrant, mais ce n’est pas une fin en soi. N’inventez pas un mal physique pour la faire culpabiliser. Rien ne vous empêche de demander quelque chose. Mais si votre partenaire se montre réticente ou refuse, vous ne pouvez l’exiger. Communiquez, soyez patients et respectez son opinion. Le sexe se base sur une envie, non un devoir : on ne rappellera jamais assez la valeur du consentement.

Respecter son corps

Ne vous permettez aucune remarque sur le corps de votre partenaire. Et même si vous y avez été invité, soyez prudent quant au choix de vos mots. Les paroles restent et ce serait absurde de créer un complexe qui n’a pas lieu d’être, qu’importe la raison. N’appréhendez pas son corps ou ses réactions comme « difforme » ou « bizarres », sous prétexte que vous n’avez jusqu’ici rien vu de similaire : il est normal, juste différent. Et puis on ne demande pas à ce que son sexe réponde à une certaine idée de la beauté en plus d’être fonctionnel. Doit-on rappeler qu’un pénis n’est pas forcément très esthétique ?

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Sexe entre amis (© Sony Pictures)

P.S. : CLI-TO-RIS.

P.P.S. : n’hésitez pas à lire l’entretien – très instructif – que Dora Moutot a accordé à Vice.

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