Étrange Festival : Invasion, le thriller fantastique fou venu d’Iran

Un monde qui a basculé dans les ténèbres, une bande de sportifs dans un stade mystérieux, une enquête avec meurtre à élucider. Voici les bases du synopsis d’Invasion (Hojoom, en VO), nouveau long-métrage de Shahram Mokri. Le réalisateur de 40 ans prouve sa force contemporaine et sort du lot dans le paysage cinématographique iranien.

Depuis trois ans, l’enfer règne sur la Terre, séparée en deux côtés par une barrière. Alors qu’une partie semble survivre dans de bonnes conditions, l’autre partie vit dans le chaos, privée de soleil, et subit de plein fouet les répressions contre l’immigration illégale. Des maladies surviennent dans cette horreur du quotidien et les autorités enquêtent sur ce phénomène alors que Saman, un homme atteint, vient d’être assassiné. Accusé du meurtre de son ami, Ali va alors entreprendre avec ses coéquipiers gymnastes une reconstitution pour les policiers en charge de l’enquête. Commence alors pour le spectateur un cauchemar de doutes, d’incompréhensions et de remises en question.

MV5BNTcyMTNhNTItZTUyYS00ZmVhLWE5YjktN2Q2MTIzMWUzYTFiXkEyXkFqcGdeQXVyNDQ3OTQ2MTY@._V1_
© Damned Distribution

Dans cette enquête policière qu’est Invasion, Shahram Mokri y utilise une nouvelle fois le procédé de l’unique plan-séquence. Cette mise en scène réussie est un véritable tour de force de la part du réalisateur. Plus qu’une prouesse technique, elle sert véritablement l’intrigue du film et permet davantage de déstabiliser le spectateur qui doit déjouer les faux-semblants pour comprendre l’histoire à mesure que les personnages et les points de vue s’inversent, donnant l’impression d’être coincé·e dans une boucle temporelle post-apocalyptique.

Cette sensation est amplifiée par la brume incessante dans laquelle sont plongés les personnages, représentation de la pollution ambiante dans ce nouveau monde ténébreux. On ressent alors un certain étouffement à mesure que la caméra tournoie autour de ses personnages et on comprend surtout que cette brume sans fin continue de brouiller les pistes sur les véritables motivations des protagonistes. Shahram Mokri réussit à traiter dans ce thriller futuriste de la crise migratoire, des inégalités sociales et de genre, de rassemblements sectaires mais aussi d’homosexualité, sujets pourtant difficiles à évoquer en Iran.

Tourné aussi en unique plan-séquence, son premier film Fish & Cat a été un véritable succès dans son pays et à l’international, récompensé par le Prix spécial de l’innovation à la 70ème Mostra de Venise. En utilisant l’horreur, le thriller et le fantastique, le cinéaste iranien glisse en sous-texte une critique du système politique et de notre société actuelle dans ce slasher générationnel choquant et sanglant. Avec Invasion, présenté à la Berlinale cette année et en avant-première en France à l’Étrange Festival en sa présence, Shahram Mokri persévère dans sa lancée et assoit son statut de réalisateur de genre avant-gardiste et captivant en Iran.

Invasion de Shahram Mokri, le 31 octobre au cinéma.

Publicités