Étrange Festival : I Feel Good, une satire sociale hilarante et jouissive du duo Delépine et Kervern

Présenté en avant-première avec humour et bienveillance par Benoît Delépine et l’acteur Lou Castel à l’Étrange Festival, I Feel Good est LA comédie de la rentrée à ne surtout pas rater. Le tandem inattendu Jean Dujardin et Yolande Moreau y révèle toute l’étendue de son talent.

Toujours sujette à un état dépressif depuis la mort de ses parents, profondément communistes, Monique (Yoland Moreau) survit et tente de remplir sa vie de joie en donnant de son temps au centre Emmaüs Pau-Lescar avec des camarades aussi investis qu’elle. Mais le jour où son frère Jacques (Jean Dujardin), en peignoir et chaussons, vient la voir après des années d’absence, la tranquillité des résidents d’Emmaüs va être bien chamboulée. Éternel capitaliste dans l’âme, fan de Bill Gates, Bernard Tapie, Donald Trump et autres « self-made men« , Jacques rêve de devenir extrêmement riche sans avoir besoin de bosser et trouve, selon lui, l’idée du siècle : “rendre les petites gens beaux”.

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© Ad Vitam

Benoit Delépine et Gustave Kervern ont investi ce village Emmaüs Pau-Lescar créé par Germain Sarhy et y ont apposé un regard bienveillant et chaleureux qui fait honneur au travail écoresponsable de ses résidents. En affrontant deux mondes différents avec un aspirant businessman et les plus démunis, le choc des classes se fait en douceur et sans violence avec deux visions de l’utopie diamétralement opposées. I Feel Good bénéficie d’une écriture intelligente avec un humour transgressif qui fait mouche. La moindre blague trash ou subversive tape dans le mille grâce aux talents du duo grolandais qui ne lésine pas sur les piques bien senties contre notre société autocentrée, capitaliste et égoïste. 

I Feel Good permet aussi de découvrir une autre facette de Jean Dujardin, qui excelle dans le rôle d’un simplet ambitieux, égoïste et à côté de la plaque. Si on ne peut s’empêcher de trouver à Jacques un côté Hubert Bonisseur de la Bath – l’un ayant une photo de l’Abbé Pierre dans sa poche, l’autre une photo de René Coty -, l’espion d’OSS 117 n’avait pas cette poésie naïve que Jean Dujardin arrive à insuffler avec brio au personnage qu’il incarne pour Delépine et Kervern. La start-up nation – survendue par notre gouvernement actuel, ici personnifiée par Jacques – en prend pour son grade et c’est vraiment jouissif.

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© Ad Vitam

Son duo avec Yolande Moreau, improbable sur la papier, fonctionne à merveille grâce à une relation frère/sœur tant émouvante que réaliste. L’actrice incarne une Monique délicieuse, sensible et touchante avec un sacré caractère quand elle s’y met. Tous les compagnons le clament haut et fort : “nous on l’aime Monique”. Et c’est ce bout de femme qui est le noyau dur du village Emmaüs où les valeurs de partage et de solidarité priment. Le reste du casting n’est pas en reste, on s’y attache facilement et on est vite et simplement porté par de très bons dialogues ainsi que des plans techniques intéressants. Ainsi s’enchaînent des prises de vue avec des comédiens parlant hors cadres, des séquences longues tournées en une seule fois et de nombreux plans fixes qui rythment à merveille le film.

I Feel Good possède tous les ingrédients pour être un succès en salles et c’est tout ce qu’on lui souhaite. Après les centaines de minutes du film, on en sort avec un sentiment d’apaisement, de sérénité et d’espoir pour un meilleur vivre ensemble. Gageons que la popularité de Jean Dujardin saura attirer les spectateurs plus réticents à ce genre de films à se rendre au cinéma pour supporter ce long-métrage burlesque dans un torrent de comédies françaises nauséeuses ces dernières années.

I Feel Good de Benoît Delépine et Gustave Kervern, en salles le 26 septembre.

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Étrange Festival : Climax, la soirée de l’enfer selon Gaspar Noé

Vous avez méprisé Seul contre tous, haï Irréversible, exécré Enter The Void, maudit Love, venez fêter Climax. Telle est la mise en bouche servie par Gaspar Noé pour présenter son nouveau long-métrage expérimental, récompensé lors de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018. Présenté en avant-première par Gaspar Noé himself à l’Étrange Festival, Climax est une nouvelle œuvre d’art de la part du réalisateur italo-argentin.

Dans un lieu paumé en bordure de forêt, un groupe de danseurs se réunit pour répéter une dernière fois avant de s’envoler pour les États-Unis. Histoire de décompresser, ils entament une fête démentielle mais se rendent vite compte qu’une substance illicite a été versée dans la sangria qu’ils boivent. C’est le début d’une véritable descente aux enfers pour les danseurs, en proie à leurs névroses, qui plongent peu à peu dans la folie et l’horreur.

Si Gaspar Noé s’est toujours évertué à mettre en scène la détresse et la perdition d’un être dans ses films, c’est la première fois qu’une femme est au centre de son art cinématographique. Selva, incarnée par Sofia Boutella, est la cheffe de bande du groupe de danseurs, spécialisés dans le hip-hop et le voguing. Impressionnante, l’actrice rayonne dans le film et représente en un sens l’espoir presque biblique d’un échappatoire à cette soirée d’enfer qui tourne au cauchemar à mesure qu’elle avance dans ce huis clos angoissant.  

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© Wild Bunch Distribution

Techniquement, Climax est sublime. Fluide dans sa narration et sa mise en scène, le film brille par les mouvements de caméra flottant et dansant parfaitement autour des comédiens. Cet effet permet aux spectateurs d’être encore plus attirés magnétiquement par les protagonistes hauts en couleur. Dans une volonté d’immersion, comme pour chacun de ses longs-métrages, Gaspar Noé alterne entre plans courts et plans-séquences merveilleux, travaillés excellemment en post-production, qui donnent une sensation de tournis, comme si nous étions aussi alcoolisés que les protagonistes.

Avancé sans scénario précis avec des comédiens non-professionnels mais des danseurs talentueux, le tournage a duré 15 jours. Comme une évidence, Gaspar Noé a retrouvé son chef-opérateur Benoît Debie, avec qui il collabore depuis Irréversible. Ce dernier, qui travaille aussi avec Harmony Korine et Jacques Audiard, a réussi à créer des jeux de lumière électrisants et une ambiance étouffante pour ce concentré filmique des pires bad trips.

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© Wild Bunch Distribution

Comme pour ses autres films, Gaspar Noé utilise une bande sonore transcendante qui prend littéralement aux tripes avec les tubes de Cerrone, Daft Punk, des Rolling Stones, Patrick Hernandez ou encore Soft Cell. À musique électrisante, symbole hors du commun : la sangria, responsable de l’état désastreux des personnages sombrant dans la démence. Avec un rapport au sang, cet alcool est à l’image de la rage et de la folie qui bouillent en chacun des personnages pour faire ressortir le pire chez eux à travers des comportements psychotiques incroyables.

Alors que le cinéma de genre peine à se démocratiser, malgré les nominations infructueuses de Grave de Julia Ducournau aux derniers Césars, Gaspar Noé prouve que ce type cinématographique est le meilleur berceau expérimental d’où sortent des bijoux filmiques. Et si des réactions démesurées (hurlements, vomissements) ressortent des visionnages de longs-métrages subversifs comme Grave, The House That Jack Built de Lars von Trier ou plus récemment High Life de Claire Denis, c’est bien parce que le cinéma de genre nous provoque et fait ressortir les côtés insoupçonnés de notre âme. Et c’est pourquoi il faut célébrer et donner plus de lumière à ce type de production cinématographique. Venez fêter Climax, ordre de Gaspar Noé. 

Climax de Gaspar Noé, en salles le 19 septembre.

Étrange Festival : The House That Jack Built, une véritable ode à l’art par Lars von Trier

Présenté en avant-première par Gaspar Noé à l’Étrange Festival, The House That Jack Built de Lars von Trier signe un retour en force pour l’ancien conspué et rejeté du Festival de Cannes.

Dans les années 1970 aux États-Unis, Jack (Matt Dillon) raconte son parcours de tueur en série via cinq incidents à un inconnu nommé Verge (Bruno Ganz). À travers les yeux du brillant serial killer, on assiste à son ascension toujours plus folle de barbarie et d’ingéniosité dans les meurtres qu’il commet. Malgré la police qui se rapproche dangereusement de lui, Jack, exaspéré par la situation, prend des risques aux dépens de ses TOC, autrefois salvateurs, qui le lâchent petit à petit.

Subversif et controversé, Lars von Trier a toujours dû faire face à des torrents de critiques et de réactions démesurées d’écœurement à chaque présentation de ses films. The House That Jack Built ne fait pas exception à la règle et sa projection hors-compétition au Festival de Cannes 2018 a provoqué des hurlements et des sorties de salle anticipées. Pourtant, après visionnage du film, les scandales annoncés sur certaines scènes choc paraissent bien ridicules. Le réalisateur danois livre ici son long-métrage le plus abouti et le plus personnel en faisant un bon doigt d’honneur aux critiques en transposant un peu de lui en Jack.

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© Concorde Filmverleih GmbH

Parce qu’il faut savoir que ce serial killer est non seulement d’une intelligence supérieure mais aussi un artiste dans l’âme. Chacun de ses meurtres, parfaitement mis en scène et photographié, est considéré comme une œuvre  d’art à part entière, inspirée de célèbres objets culturels allant de la peinture au cinéma en passant par la musique, la photographie et même les coutumes de la chasse à cour. Ce n’est pas pour rien si Lars von Trier insère quelques scènes de ses autres longs-métrages (Melancholia, Antichrist, Nymphomaniac, entre autres) pour appuyer son propos.

L’un des sujets mis en valeur par le cinéaste danois est aussi, comme son titre l’indique, l’architecture, Jack étant ingénieur passionné de design et de construction immobilière. Le tueur en série a, entre deux meurtres, le projet de créer la maison de ses rêves avec minutie et obstination. C’est finalement dans son œuvre de tueries qu’il atteindra son but ultime, qui l’entraînera au fin fond des enfers, noyau brûlant d’espace de création. Jack se fait par ailleurs appelé Mr. Sophistication, nom révélateur de ses névroses, et se délecte de la terreur qu’il fait régner en ville en exposant les coupures de presse le concernant chez lui.

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© Concorde Filmverleih GmbH

Revenu dans un rôle plus sombre dans la série Wayward Pines, produite par M. Night Shyamalan, après une carrière en dents de scie, Matt Dillon offre une prestation remarquable, entre ses accès de colère d’enfant associable psychotique et ses monologues d’explications scabreuses et détaillées de ses atrocités. Surtout, l’acteur de 54 ans joue à merveille d’expressions faciales et de retournements de situation burlesques, qui permettent une certaine légèreté lors de séquences ridiculement drôles.

Dans une ambiance quasi biblique où le mal est sans cesse remis en question, Lars von Trier s’interroge sur la relation entre la violence et l’art. Son esthétique et sa mise en scène atteignent un paroxysme puissant où la beauté et la laideur se rencontrent sans cesse dans un cheminement de montagnes russes qui nous fait traverser toutes les émotions. The House That Jack Built est un film complet qui redonne un bon coup de fouet au cinéma de genre, encore trop souvent critiqué alors qu’il offre le meilleur des terrains de jeu.

The House That Jack Built de Lars von Trier, en salles le 17 octobre.

Étrange Festival : déception pour le prétentieux Perfect, soutenu par Soderbergh

Présenté en compétition internationale à l’Étrange Festival, Perfect d’Eddie Alcazar avait tout pour plaire : le soutien de Steven Soderbergh, une esthétique ambitieuse, une bande-son électrisante et un synopsis intriguant mais la recherche de la perfection du réalisateur rend son film pompeux et soporifique.

Un jeune homme (Garrett Wareing) se réveille près du cadavre de sa petite amie et appelle sa mère (Abbie Cornish), d’une beauté et d’une aisance parfaites, à l’aide. Repère parental autant absent qu’incestueux, elle décide de le faire interner dans une clinique, dirigée par un professeur mystérieux (Martin Sensmeier), censée soigner les problèmes de ses occupants. Notre protagoniste va alors découvrir un monde où la recherche de la perfection s’effectue à travers un voyage onirique, technologique et viscéral. En essayant de trouver des réponses à ses questions et de se définir en tant qu’être humain, le jeune garçon se transforme peu à peu en machine monstrueuse et l’expérience de trop le fera mourir aux mains de son créateur.  

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© Brainfeeder Films

Le cinéma d’anticipation rayonne par les temps qui courent, notamment depuis la sortie de Blade Runner 2049, entre Ready Player One, Hotel Artemis, How To Talk To Girls At Parties ou les dernières productions Netflix (Extinction, Zoe, Annihilation, Mute, Anon, Tau…) avec plus ou moins de réussite. Si chacun de ces longs-métrages tend à se distinguer par une esthétique toujours plus colorée, toujours plus folle et toujours plus expérimentale, force est de constater que l’on frôle l’overdose lorsque les questions d’identité, de transhumanisme, de robotique ou d’intelligence artificielle sont abordées sur grand écran.

Le réalisateur Eddie Alcazar tente tout de même de se faire une place sur ce marché déjà bien prolifique avec son premier film Perfect, après plusieurs courts-métrages et un documentaire. Soutenu par Steven Soderbergh, Eddie Alcazar s’est entouré de Flying Lotus pour la composition de la bande-son. Le producteur, rappeur et DJ américain, dont le film Kuso a été produit par Alcazar, apparaît aussi dans Perfect. À la vue des premières images de ce long-métrage inaugural, notre curiosité est aiguisée par son étrangeté et un sentiment de nouveauté rafraîchissant.

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© Brainfeeder Films

Malheureusement, après avoir visionné Perfect, on ressort déçu d’une expérience cinématographique prétentieuse où les monologues sans fin de Garrett Wareing (révélé dans Le Virtuose aux côtés de Dustin Hoffman et Kathy Bates), faussement philosophiques, nous plongent dans un état léthargique. On sent pourtant les efforts du jeune Garrett Wareing à livrer une performance artistique sans pareille mais le côté jeune premier propre sur lui qui devient un monstre néo punk sonne lourdement comme une impression de déjà-vu perpétuel et n’impressionne plus.

Eddie Alcazar offre tout de même des mises en scène ambitieuses et – heureusement – des moments épileptiques pour nous sortir de notre torpeur, mais rien n’y fait. Seul le procédé d’amélioration de la condition humaine du jeune malade sort réellement de l’ordinaire et prête à sourire en nous renvoyant à la bonne époque des années 1980, qui n’ont jamais eu autant le vent en poupe que depuis ces dernières années. Mais à force de trop tirer sur la corde, on finit par ne plus être étonnés ni émerveillés. À trop vouloir sortir du lot avec un univers sur-stylisé et un scénario simpliste, Eddie Alcazar propose finalement un film creux, un peu copié sur Ex Machina, Tron ou le style de Gus Van Sant, naviguant entre le laid et la splendeur mais qui est très loin d’atteindre la perfection recherchée, et surtout prétendue.

Perfect d’Eddie Alcazar n’a pas encore de sortie française.

Étrange Festival : Invasion, le thriller fantastique fou venu d’Iran

Un monde qui a basculé dans les ténèbres, une bande de sportifs dans un stade mystérieux, une enquête avec meurtre à élucider. Voici les bases du synopsis d’Invasion (Hojoom, en VO), nouveau long-métrage de Shahram Mokri. Le réalisateur de 40 ans prouve sa force contemporaine et sort du lot dans le paysage cinématographique iranien.

Depuis trois ans, l’enfer règne sur la Terre, séparée en deux côtés par une barrière. Alors qu’une partie semble survivre dans de bonnes conditions, l’autre partie vit dans le chaos, privée de soleil, et subit de plein fouet les répressions contre l’immigration illégale. Des maladies surviennent dans cette horreur du quotidien et les autorités enquêtent sur ce phénomène alors que Saman, un homme atteint, vient d’être assassiné. Accusé du meurtre de son ami, Ali va alors entreprendre avec ses coéquipiers gymnastes une reconstitution pour les policiers en charge de l’enquête. Commence alors pour le spectateur un cauchemar de doutes, d’incompréhensions et de remises en question.

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© Damned Distribution

Dans cette enquête policière qu’est Invasion, Shahram Mokri y utilise une nouvelle fois le procédé de l’unique plan-séquence. Cette mise en scène réussie est un véritable tour de force de la part du réalisateur. Plus qu’une prouesse technique, elle sert véritablement l’intrigue du film et permet davantage de déstabiliser le spectateur qui doit déjouer les faux-semblants pour comprendre l’histoire à mesure que les personnages et les points de vue s’inversent, donnant l’impression d’être coincé·e dans une boucle temporelle post-apocalyptique.

Cette sensation est amplifiée par la brume incessante dans laquelle sont plongés les personnages, représentation de la pollution ambiante dans ce nouveau monde ténébreux. On ressent alors un certain étouffement à mesure que la caméra tournoie autour de ses personnages et on comprend surtout que cette brume sans fin continue de brouiller les pistes sur les véritables motivations des protagonistes. Shahram Mokri réussit à traiter dans ce thriller futuriste de la crise migratoire, des inégalités sociales et de genre, de rassemblements sectaires mais aussi d’homosexualité, sujets pourtant difficiles à évoquer en Iran.

Tourné aussi en unique plan-séquence, son premier film Fish & Cat a été un véritable succès dans son pays et à l’international, récompensé par le Prix spécial de l’innovation à la 70ème Mostra de Venise. En utilisant l’horreur, le thriller et le fantastique, le cinéaste iranien glisse en sous-texte une critique du système politique et de notre société actuelle dans ce slasher générationnel choquant et sanglant. Avec Invasion, présenté à la Berlinale cette année et en avant-première en France à l’Étrange Festival en sa présence, Shahram Mokri persévère dans sa lancée et assoit son statut de réalisateur de genre avant-gardiste et captivant en Iran.

Invasion de Shahram Mokri, le 31 octobre au cinéma.

Disiz revient avec Disizilla, la pilule rouge de Pacifique

Après plusieurs semaines de teasing sur les réseaux sociaux et « Hiroshima », un premier clip détonant, Disiz revient avec un douzième album, Disizilla. L’artiste s’y transforme en créature monstrueuse et retrace une enfance tourmentée.

© Polydor

Un peu plus d’un an seulement après la sortie de Pacifique, aussi électrisant qu’engagé, Disiz propose au public un douzième opus percutant aux références multiples. Omniprésent sur les réseaux depuis plusieurs semaines, via des stories Instagram republiées sur Twitter et Facebook, le rappeur a profité de ces médias pour faire sa propre promo en reprenant des éléments cultes de la pop culture. De Godzilla au film Drive de Nicolas Winding Refn, en passant par Akira, l’artiste prouve une nouvelle fois que certains de ses modèles influent parfaitement sur sa musique et ses textes, qui plairont à son public de toujours. Mais aussi à la nouvelle génération, friande de références culturelles japonisantes notamment, en témoigne le succès d’objets pop sortis récemment comme Ready Player One.

Le monstre Disizilla sort des mers

Dès le premier son “Kaïju”, le ton est donné : Disiz sort les crocs sur un rythme nerveux et déterminé à la manière d’une créature extraterrestre (maintes fois transposée sur grand écran par Ishirô Honda ou Guillermo Del Toro pour ne citer qu’eux) et annonce qu’”il n’est pas venu là pour faire son trou mais pour faire des cratères”. Si en presque 20 ans de carrière, l’artiste n’a plus rien à prouver dans le milieu du rap, on ressent dans cet album son besoin d’exploser une certaine rage, contenue dans son opus précédent. Disizilla est résolument le côté sombre de Pacifique, qui était posé et poétique mais non moins pertinent.

Tel un “Mastodonte”, utilisant un sample du tube “Simon Says” de Pharoahe Monch, Disiz sort de son océan pour se mettre à nu et n’a pas peur d’aller chercher encore plus profondément dans sa vie personnelle pour ses textes. Alors que dans Pacifique, il se tournait vers le monde extérieur, pour Disizilla, c’est une introspection que le rappeur nous propose, centrée sur sa jeunesse et la notion de famille.

L’enfant des rues irradié

Originaire d’Amiens, ayant grandi en banlieue parisienne, Sérigne M’Baye Gueye de son vrai nom a trouvé dans l’art du rap et du jonglage des mots un véritable exutoire. La musique a permis à Disiz d’extérioriser son mal-être et de coucher sur papier ses souffrances et ses interrogations qui ressortent d’autant plus maintenant. Crise de la quarantaine ou remise en question profonde, Disizilla permet à son auteur de revenir sur ses souvenirs d’enfant issu de l’union d’une mère belge combattante et d’un père sénégalais absent. Une famille nucléaire qui implose et une adolescence semée d’embûches dans les quartiers ont forgé le caractère de Disiz, “livré à lui-même, enfant des rues, il s’habitue au drama”, se transformant en machine de guerre gonflée à bloc pour ses propres enfants.

Heureux qui comme “Ulysse” a fait un long voyage, Disiz quitte sa vie de père de famille le temps d’un album et retrouve les yeux de l’enfant qu’il était dans un mélange de naïveté et d’émerveillement sur le monde qui l’entoure et de la sagesse d’un homme qui a traversé des épreuves. Ce savant mélange saupoudré de références culturelles venues du pays du Soleil-Levant sonne comme un témoignage qu’il délivre à ses enfants, comme sa fille Eari invitée à réconforter son père : « Mon petit papa, ne t’inquiète pas, j’ai confiance en toi »

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© Polydor

Une production monstrueuse

Comme dans Pacifique, deux featurings viennent sublimer Disizilla : l’un avec Sofiane, l’autre avec Niska. À la production de ces titres de feu, mêlant rap, trap et électro avec des sonorités rappelant parfois Fatboy Slim, on retrouve des artistes techniciens du moment à l’image de Ponko qui a collaboré avec Hamza et Damso, les célèbres The Shoes mais aussi le musicien Shady et le producteur MiM, entre autres. Disiz s’est bien entouré pour ce douzième album écrit, produit et mixé en seulement trois semaines.

Malgré la personnification de l’artiste en monstre géant, ce n’est pas un côté maléfique qui ressort de Disizilla mais la partie immergée de l’iceberg qu’était Pacifique. Disiz répond à son ancien album seulement un an après la sortie de ce dernier avec un produit sanguin et viscéral, un joyau brut à écouter sans modération. Une pilule rouge à avaler, pour mieux revenir à la réalité. Pour nous, Disizilla c’est un grand “OWI”.

Disizilla est disponible le 14 septembre 2018 sur iTunes, Spotify et SoundCloud.

The Purge : une version télévisée plus étoffée qu’American Nightmare

À l’instar d’American Horror Story : Apocalypse, la rentrée sérielle apporte son lot de séries horrifiques effrayantes. Première à ouvrir les festivités, The Purge, show sequel de la saga American Nightmare devrait ravir les fans des films de James DeMonaco.

© Blumhouse

Annoncée en grande pompe il y a presque un an, l’adaptation de la franchise American Nightmare (The Purge, en VO) sur le petit écran arrive enfin sur nos ondes. Comme sa grande sœur, la série est produite par la société prolifique et lucrative Blumhouse, à qui l’on doit notamment Insidious, Paranormal Activity et Sinister.

Composée de 10 épisodes, la première saison de The Purge se situe entre le deuxième et le troisième volet de la saga cinématographique, étant donné que l’un des protagonistes a vécu la toute première session expérimentale de Purge. Dans une petite ville des États-Unis, la Purge annuelle est sur le point de commencer et les puristes retrouveront avec plaisir le compte à rebours lancé avant l’alarme meurtrière sur un fond de musique classique qui tranche avec la violence attendue.

Rappelons qu’American Nightmare nous plonge dans une dystopie où le gouvernement autorise pendant 12 heures chaque année les citoyens à commettre des crimes (du vol au meurtre) pour purger ses péchés et ainsi réduire les autres jours de l’année le taux de criminalité et de chômage en ayant baissé le taux de population. Vous retrouverez tous les ingrédients de la franchise qui ont fait son succès : les déguisements d’animaux et autres masques de poupées, les armes originales, le traitement des thématiques politico-sociétales américaines en fond, des tueries sanglantes et des moments de tension pesants. Bref, rien de nouveau sous les tropiques.

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Ce qu’il y a derrière la Purge

Après avoir vu les trois premiers épisodes, il apparaît qu’un problème pourrait survenir par la suite si le rythme ne s’accélère pas. La force des films venait surtout de la cadence rapide et de la succession de meurtres pour les spectateurs, avides d’horreur et de gore. Si vous ne cherchiez que des tueries et une overdose de litres d’hémoglobine à la minute, passez votre chemin.

La série The Purge cherche à approfondir un peu plus sa mythologie. Cela se ressent autant dans la réalisation, plus travaillée, que dans le scénario. Les trois intrigues des personnages – qui se recouperont forcément à un moment de la saison – explorent des voies intéressantes et prometteuses : Miguel (Gabriel Chavarria), ancien marine qui cherche sa sœur Penelope (Jessica Garza), tombée sous le joug d’une secte suicidaire et fanatique de la Purge ; Jane (Amanda Warren), une workaholic qui a payé une purgeuse pour tuer son harceleur de patron Don Ryker (William Baldwin) et le couple Rick (Colin Woodell) et Jenna (Hannah Emily Anderson) qui cherche des investissements financiers pour leurs projets auprès du diable lors d’une soirée : les nantis qui soutiennent les Nouveaux Pères Fondateurs.

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© Patti Perret / USA Network

Il se trouve que le show se révèle un poil plus intéressant que les films grâce à son format sériel : les scénaristes peuvent explorer le passé des protagonistes au moyen de flash-back qui permettent de surcroît d’en apprendre davantage sur les Nouveaux Pères Fondateurs d’Amérique et la Purge. En suivant plusieurs groupes de personnages, il est déjà plus facile de s’attacher (s’intéresser ?) à eux, malgré certains jeux d’acteurs médiocres, et donc de pleurer les morts mais aussi de se soucier de leur psychologie et de l’impact de la Purge sur leur vie quotidienne.

La série pourra donc plaire aux fans de la franchise comme aux amateurs de séries horrifiques. Surtout que The Purge devrait, comme les nombreuses créations de Ryan Murphy, être une anthologie dont les intrigues de chaque saison seront connectées entre elles. De quoi toujours plus prolonger le cauchemar américain sur les écrans, à l’image de la réalité. Reste à savoir si la saison inaugurale aura le succès escompté.

The Purge est diffusée sur USA Network et Syfy aux États-Unis et en US+24 en VO sur Amazon Prime Video en France. Les versions VOST et VF devraient être disponibles peu après.

L’Étrange Festival revient faire son cinéma dans la capitale

Avis aux amoureux du cinéma de genre, l’Étrange Festival est de retour pour sa vingt-quatrième édition à Paris. Au programme : du loufoque, du gore et du psychédélique.

© Concorde Filmverleih GmbH, 2018

Du 5 au 16 septembre 2018, rendez-vous au Forum des images de Paris pour découvrir la programmation éclectique de l’Étrange Festival. Cette année, 130 séances sont prévues, entre avant-premières internationales et premières françaises, dont certaines présentées par des invités prestigieux (Gaspar Noé et Jackie Berroyer, entre autres).

Les festivaliers pourront aussi découvrir Adilkhan Yerzhanov, réalisateur kazakh fondateur du Cinéma Partisan, et Shahram Mokri, cinéaste iranien, à qui sont consacrés des focus afin d’en apprendre plus sur leurs œuvres et leurs parcours cinématographique. Pour les passionnés du cinéma japonais, (re)découvrez des œuvres cultes des années 70 et 80, ère du jishu eiga durant laquelle les cinéastes utilisaient le format 8mm pour produire des longs-métrages excentriques et provocateurs où la liberté était maîtresse.

Enfin, trois séances spéciales sont prévues : Moi, Christiane F 13 ans, droguée, prostituée d’Udi Edel, présenté par Gaspar Noé, El Otro Cristobal d’Armand Gatti présenté par Jean-Jacques Hocquard et enfin Fender L’Indien de Robert Cordier en sa présence.

Parmi toutes les œuvres originales présentées, vingt-et-un longs-métrages internationaux sont en compétition pour le Grand Prix Nouveau Genre remis par l’Étrange Festival et Canal+ Cinéma. Le vainqueur sera acheté par la chaîne qui le diffusera sur son antenne. Vous aussi pourrez élire votre coup de cœur et le film ayant reçu le plus de suffrages obtiendra le Prix du Public et une campagne publicitaire sur Canal+ Cinéma.

Les courts-métrages seront aussi à l’honneur puisqu’ils sont plus d’une cinquantaine à concourir dans 7 programmes spéciaux pour le Grand Prix Canal+ et le Prix du Public.

24e Étrange Festival, du 5 au 16 septembre 2018 au Forum des images à Paris

Billets en vente sur www.forumdesimages.fr