Rencontre avec Timothé Poissonnet, l’inventeur de l’humour séquentiel

Humoriste déjanté, Timothé Poissonnet est en tournée dans toute la France avec son spectacle Dans le bocal. Il présente un show rythmé où de nombreux sujets sont évoqués en un laps de temps record. Rencontre avec une personnalité drôlement inspirante.

Sur les toits du Perchoir du 11ème arrondissement de Paris, Timothé Poissonnet patiente en faisant une photo des hauteurs de la capitale digne d’un compte Instagram d’influenceur. Une bise, un mot pour rire, et nous voilà attablés pour discuter de son parcours atypique de comédien, qui l’a amené à créer son propre style d’humour.

« C’est une certitude : j’ai toujours voulu faire ça. »

Dès sa jeunesse, Timothé est habité par la scène. À trois ans, il montait sur les planches et faisait le show. « J’aimais déjà le sentiment de faire rire les gens. Quand je voyais les gens heureux, ça me rendait heureux aussi. » Le comédien s’oriente vers des études de tourisme afin d’assouvir son désir de découvrir le monde. Il travaille dans différents pays comme la République Dominicaine, la Croatie, la Grèce, et revient en France renforcé par une expérience de metteur en scène en Lituanie, prêt à se lancer dans le théâtre !

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Après un passage par les cours Cochet, l’humoriste commence à tester des sketchs dans des théâtres. « Ma première scène ouverte, c’était le 1er avril 2012 », ça ne s’invente pas pour un Poissonnet ! Il commence à écrire son spectacle en se démarquant des autres artistes. « J’ai tout de suite voulu apporter quelque chose de différent. » Le stand-up, très peu pour lui : « Je n’avais pas envie de raconter ma vie : pourquoi elle serait plus intéressante que celle d’un autre ?! Je n’avais pas envie de faire du « moi je », j’avais envie de faire du jeu. » L’idée mûrit rapidement dans sa tête : il décide de créer son propre style de jeu.

L’humour séquentiel ? C’est quoi ce truc ?

« Très rapidement m’est venue l’idée de faire un humour qui ressemblerait à notre société actuelle, c’est-à-dire un humour où personne n’a le temps de s’ennuyer. Quand on s’ennuie : on zappe, et je n’avais pas envie d’être zappé. » Au-delà de la multitude de thématiques évoquées et de la rapidité des changements de sujets, son humour mélange également les disciplines. Son spectacle comporte de la magie, de la danse, et moult surprises comme la projection d’une vidéo, ou bien un rap sur l’écologie.

Le comédien n’est pas dupe, l’humour séquentiel n’est pas totalement une invention, mais il est le premier à avoir mis un mot dessus, et à en avoir fait un spectacle entier. « Il y a des sketchs hyper marquants dans le monde de l’humour qui se rapprochent de ce style. Par exemple, le sketch de la radio des Inconnus. » Côté influence, il cite le célèbre trio, mais aussi l’humoriste américain Andy Kaufman, ou le comique absurde François Rollin.

Au bout de quarante minutes d’entretien, Timothé Poissonnet constate : « Le temps passe hyper vite, c’est d’ailleurs l’un des sujets du spectacle. » Réussir à faire le maximum de choses en un laps de temps réduit, c’est un beau résumé de l’humour qu’exerce le comédien. Entre deux blagues, l’artiste annonce une bonne nouvelle : sa prochaine date parisienne sera dans la prestigieuse salle du Grand Point Virgule, le 27 novembre prochain. Sur ces bonnes paroles, et après avoir fait l’éloge du coton par rapport aux fibres synthétiques, Timothé Poissonnet redescend du Perchoir pour rejoindre son scooter. Encore aujourd’hui, la photo prise sur les toits de Paris demeure non postée sur son compte Instagram.

Timothé Poissonnet sera le 27 novembre à 20 heures au Grand Point Virgule à Paris. Réservez vos places sur BilletRéduc. En tournée dans toute la France, plus d’informations sur son site officiel.

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La pop star est morte, longue vie à la pop star cosmopolite 2.0

Si Britney Spears continue de remplir des salles aux États-Unis et en France, et on est très content.e.s pour elle, force est de constater que la figure de la pop star type des années 2000 a disparu pour laisser place à de nouveaux visages. Focus sur quelques unes des fortes têtes qui feront certainement l’année 2018-2019. 

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De gauche à droite, et dans le sens des aiguilles d’une montre : Mona Haydar, Dounia, Lolo Zouaï, Ta-Ra, Raveena.

La recette du succès des stars planétaires du début des années 2000 était bien huilée : blondes, blanches, minces et conditionnées. Même la figure, alors jugée controversée, de Pink! ne dérogeait pas vraiment aux règles en vigueur. La reine Beyoncé elle-même n’avait pas encore fait de la lutte pour le féminisme et contre le racisme rampant de son pays des caractères déterminants de sa carrière. Quant à sa sœur Solange, ses magnifiques morceaux aux messages forts étaient encore dans l’ombre.

Près de deux décennies ont passé, et c’est maintenant à de nouvelles figures de la pop, du R’n’B et de la soul de s’imposer sur le devant de la scène. Loin d’être de nouvelles divas 2.0 succédant à leurs aînées, ces femmes de divers horizons clament haut et fort leur volonté de jouer selon leurs propres règles sur la scène internationale.

Pour bien commencer cette rentrée, nous avons sélectionné certaines de ces artistes badass qu’il fera bon d’écouter en boucle cette nouvelle année.

Dounia

On imagine très fort que dans quelques mois, le nom de l’artiste maroco-américaine sera sur toutes les lèvres. L’année dernière, Dounia sortait Intro To, un EP porté par une voix soul et un flow aussi intimidant que séducteur. La poésie brute de ses paroles (le plus souvent en anglais, bien qu’elle y intègre parfois du français ou son dialecte marocain, comme dans « Darija Freestyle ») magnifie les arrangements R&B sur lesquels elle promène sa voix sans effort.

Née et élevée au Maroc avant de partir vivre aux États-Unis, la jeune femme d’à peine 21 ans rend hommage à ses deux pays en musique. Son amour pour New York, une ville « qui peut devenir un échappatoire et une cachette même quand on y vit », écrivait-elle pour Genius, lui a inspiré « East Coast Hiding ». Dans un autre titre de l’EP, elle rend hommage à Casablanca avec une magnifique chanson éponyme, sur laquelle elle affirme son propre statut de « non-conformiste ».

Le 22 août dernier, elle postait son dernier clip, « How I See It » (chanson qu’elle a d’ailleurs repris pour un Colors Show). La vidéo assoit la présence magnétique de son interprète. Son image fait d’ailleurs partie intégrante de son personnage puisqu’elle est particulièrement active sur son compte Instagram, où elle prône des messages d’acceptation et de confiance en soi. Ayant à cœur de « défendre et amplifier les voix des groupes marginalisés », celle de Dounia n’a pas fini de se faire entendre.

Mona Haydar

Difficile d’être passé à côté de Mona Haydar et des millions de vues engendrées par son single « Hijabi » en 2017. Avec un flow qu’on sent marqué par le hip-hop US, la syro-américaine y rappe sa fierté de porter le hijab sur une instru aux accents orientaux. Appelant à la sororité, elle rêve d’une « planète féministe » qui laisserait le droit aux femmes de s’habiller comme elles le souhaitent : « Couvertes ou pas, ne nous prenez jamais pour acquises ».

Poète, résistante et activiste, Mona Haydar dénonce les standards de beauté occidentaux qui agissent comme une forme de colonisation et s’approprient sans vergogne des caractéristiques physiques auparavant rejetées. Dans « Barbarian » (voir le clip plus haut), elle s’indigne :

« Ils essayaient de me faire détester mes hanches et mon nez,

Maintenant des imposteures posent en double page pour Vogue.

Il n’y a pas une seule de nos propres caractéristiques,

qu’ils nous laissent posséder. »

Plus loin elle ajoute : « Oh, ces grosses lèvres qu’ils détestaient/Comme le vent a tourné/Oh hay, maintenant ça sort les lipkits de Kylie J », faisant référence à la benjamine du clan Kardashian, qui doit sa fortune et son succès à sa promotion de kits de rouge à lèvres dont l’image marketing tourne autour de lèvres charnues.

La rappeuse réfute le statut d’« être(s) exotique(s) » imposé aux femmes, en particulier orientales. Elle se donne un malin plaisir à entrer dans le jeu manichéen des avocats de Trump et autres suprémacistes blancs qui voient d’un côté les « civilisés » et de l’autre les « barbares ». En se réappropriant ces termes de « barbares, sauvages et non-civilisés », elle renverse la tendance : « Si des drones qui balancent des bombes et les guerres économiques sont civilisés, alors c’est avec fierté que nous ne le sommes pas ».

En attendant la sortie de son EP, Mona Haydar continue de travailler son master en théologie et de balancer au compte-goutte des clips toujours très léchés la mettant en scène, le plus souvent accompagnée d’autres femmes de toutes les ethnicités, voilées ou non. Le dernier en date, « Suicide Doors » en featuring avec Drea D’nur, est sorti ce 14 août 2018.

Lolo Zouaï

Si elle chante surtout en anglais (elle a passé la grande majorité de sa jeune vie aux États-Unis), Lolo Zouaï infuse dans ses titres savoureusement R’n’B un certain vague à l’âme bien français. La jeune femme de 22 ans, née à Paris d’une mère française et d’un père algérien, s’est fait connaître de façon totalement indépendante grâce à l’envoûtant « High Highs to Low Lows » (voir ci-dessus) produit par Stelios.

Comble de l’ironie, c’est ce single qui relate les difficultés des jeunes artistes à se faire connaître et à éviter les pièges de l’industrie musicale qui lui a permis de se faire entendre. « Désert Rose », « Blue », « IDR » et « Brooklyn Love » sont ensuite venus appuyés le talent et la sensibilité particulière de l’autrice-compositrice-interprète.

En France, on la connaît davantage pour sa collaboration avec le rappeur Myth Syzer sur « Austin Power » et pour sa plume qui se cache derrière le single « Still Down » du groupe H.E.R. et qui lui a valu l’obtention de la bourse Abe Olman, visant à encourager les jeunes paroliers prometteurs.

En publiant ses clips faits main – tournés par ses amis et montés par elle-même – à l’imagerie surannée, Lolo Zouaï nous fait languir l’espoir d’un futur EP voire album (peut-être en 2019, confiait-elle à Konbini) où ses morceaux  franco-américains aux influences arabisantes et R’n’B des années 90 trouveront sûrement un public conquis.

Ta-Ra

Ta-Ra, anciennement connue sous les nom de Ta-Ha et senshi1992, poursuit la lignée de ces nouvelles prêtresses d’un hip-hop sans compromis. Originaire de Bondy, la chanteuse s’exprime elle aussi en anglais dans ses titres alternatifs, superposant un flow rap sur des ballades aussi R’n’B qu’elles peuvent devenir électro.

Difficile à étiqueter, l’artiste joue avec les productions et les sons. Elle mélange les codes et les ambiances, instillant des influences japonisantes (elle a vécu à Tokyo pendant un an) et des vibes allant de la soul à la bande-son de vaisseau spatial. Xylophone, saxophone et synthés y dialoguent aisément.

Mise à part la sortie, en décembre 2017, de SunrayZ, une réédition combinée de son double EP de 2016 SunrayZ et X-RayZ, l’artiste s’était faite plutôt discrète. Heureusement pour sa solide fanbase, elle nous a fait le plaisir de dévoiler en juin 2018 sur son compte YouTube « 5star ». La ligne mélodique entêtante du morceau et le chant de Ta-Ra accompagnent ses paroles pugnaces et assurées : « Mets-la moi à l’envers une fois, la deuxième tu te retrouves dans la tombe […] Je veux juste le meilleur, juste du 5 étoiles ».

Raveena

On termine ce tour de piste par une détente auditive, avec la soul et le R’n’B voluptueux de l’indo-américaine Raveena. Sur des productions qui rappellent les années 70, l’artiste pose sa voix, soyeuse, onctueuse, parfois suave, et nous emmène loin, très loin de toute dimension connue.

Après s’être fait connaître en 2016 avec le titre « You Give Me That », elle sort son premier EP l’année suivante Shanti , un concentré de soul, de jazz et de R’n’B old school traitant de la nécessité de prendre soin de soi. Son charisme intemporel a aussi tapé dans l’œil de la chaîne YouTube Colors, qui lui a proposé d’enregistrer une version d’une des chansons de son EP, « If Only ».

Au printemps 2018, Raveena est revenue sous les projecteurs avec « Honey », un titre mis en images dans un clip pour le moins sensuel et à l’esthétique vieillie. La vidéo met à l’honneur ses origines indiennes et représente différents couples avec beaucoup de douceur et de sensualité. Malgré la qualité presque méditative dans laquelle peut nous plonger Raveena, l’artiste souhaite aussi faire passer dans sa musique des messages d’espoir et de confiance en soi. Fin 2017, elle expliquait à Girlboss que son objectif principal consistait à « aider les autres (notamment les femmes de couleur) à guérir et se sentir plus légitime à prendre le pouvoir ». Espérons que la sortie de « Honey » soit annonciatrice d’un nouveau projet avant la fin de l’année.

Touche-à-tout, ces femmes qui tour à tour écrivent, composent ou réalisent ne délaissent ni le fond ni la forme. Leur poésie se met au service d’un activisme plus ou moins affiché et leur succès grandissant affirme la nécessité d’une vraie diversité des genres, des origines, des langues, des corps et des réflexions.