Chilla adoucit notre rentrée avec son « 1er jour d’école »

Avec un titre surprise sorti ce 14 septembre, Chilla fait sa rentrée en adoucissant la nôtre. 

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« 1er jour d’école » est disponible ici.

Depuis la sortie de son EP Karma en novembre 2017 et, plus récemment, de la bombe « #Balancetonporc », dont le clip débutait avec les captures d’écran de commentaires abjects que la jeune femme recevait, la voix de Chilla s’était faite plutôt discrète. Heureusement pour son public, la sortie de « 1er jour d’école » vient rompre ce silence et annonce, peut-être, de nouveaux projets à venir – d’autant plus qu’elle annonçait récemment chercher des figurants pour un clip.

Souvent étiquetée trop simplement comme une « rappeuse féministe » ou une « femme qui fait du rap », Chilla est avant tout une musicienne accomplie. Pendant plus de dix ans, elle joue du violon avant de se tourner vers le hip-hop, à peine sortie de la majorité. Autrice, elle utilise le rap comme un exutoire avec ses coups de gueule politiques (à l’instar de sa « Lettre au Président ») et sociaux (avec « Sale Chienne » ou « Si j’étais un homme », entre autres).

À même pas 24 ans, celle qui s’est fait remarquer par des artistes, tels que Kery James, Lino, Jok’Air ou Bigflo & Oli, signe aujourd’hui un titre écrit en collaboration avec le rappeur Youssoupha. Portée par une boucle mélodique de guitare et un beat entraînant, Chilla continue de juxtaposer ses talents, avec des couplets rappés et un refrain chanté.

L’artiste se replonge dans ses souvenirs d’enfance (« Maman cherche les billets, Papa dans nos prières, mauvaise élève je suis dissipée, le frère lui veut briller ») et les « coup(s) de pression » inévitables des premiers jours d’école. Entre injonctions (« Ils me répètent faut grandir, trouver travail, fonder famille, penser avenir ») et manque de repères (« J’aimerais apprendre ce qu’on n’apprend pas à l’école, comment grandir si je ne comprends pas les codes »), elle fait état des difficultés d’un thème inépuisable : le passage à l’âge adulte.

Pas d’inquiétude Chilla, nous non plus on n’a pas encore tout compris du fonctionnement de la vie d’adulte, et ça fait du bien de nous montrer qu’on n’est pas seul·e·s.

Étrange Festival : Invasion, le thriller fantastique fou venu d’Iran

Un monde qui a basculé dans les ténèbres, une bande de sportifs dans un stade mystérieux, une enquête avec meurtre à élucider. Voici les bases du synopsis d’Invasion (Hojoom, en VO), nouveau long-métrage de Shahram Mokri. Le réalisateur de 40 ans prouve sa force contemporaine et sort du lot dans le paysage cinématographique iranien.

Depuis trois ans, l’enfer règne sur la Terre, séparée en deux côtés par une barrière. Alors qu’une partie semble survivre dans de bonnes conditions, l’autre partie vit dans le chaos, privée de soleil, et subit de plein fouet les répressions contre l’immigration illégale. Des maladies surviennent dans cette horreur du quotidien et les autorités enquêtent sur ce phénomène alors que Saman, un homme atteint, vient d’être assassiné. Accusé du meurtre de son ami, Ali va alors entreprendre avec ses coéquipiers gymnastes une reconstitution pour les policiers en charge de l’enquête. Commence alors pour le spectateur un cauchemar de doutes, d’incompréhensions et de remises en question.

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© Damned Distribution

Dans cette enquête policière qu’est Invasion, Shahram Mokri y utilise une nouvelle fois le procédé de l’unique plan-séquence. Cette mise en scène réussie est un véritable tour de force de la part du réalisateur. Plus qu’une prouesse technique, elle sert véritablement l’intrigue du film et permet davantage de déstabiliser le spectateur qui doit déjouer les faux-semblants pour comprendre l’histoire à mesure que les personnages et les points de vue s’inversent, donnant l’impression d’être coincé·e dans une boucle temporelle post-apocalyptique.

Cette sensation est amplifiée par la brume incessante dans laquelle sont plongés les personnages, représentation de la pollution ambiante dans ce nouveau monde ténébreux. On ressent alors un certain étouffement à mesure que la caméra tournoie autour de ses personnages et on comprend surtout que cette brume sans fin continue de brouiller les pistes sur les véritables motivations des protagonistes. Shahram Mokri réussit à traiter dans ce thriller futuriste de la crise migratoire, des inégalités sociales et de genre, de rassemblements sectaires mais aussi d’homosexualité, sujets pourtant difficiles à évoquer en Iran.

Tourné aussi en unique plan-séquence, son premier film Fish & Cat a été un véritable succès dans son pays et à l’international, récompensé par le Prix spécial de l’innovation à la 70ème Mostra de Venise. En utilisant l’horreur, le thriller et le fantastique, le cinéaste iranien glisse en sous-texte une critique du système politique et de notre société actuelle dans ce slasher générationnel choquant et sanglant. Avec Invasion, présenté à la Berlinale cette année et en avant-première en France à l’Étrange Festival en sa présence, Shahram Mokri persévère dans sa lancée et assoit son statut de réalisateur de genre avant-gardiste et captivant en Iran.

Invasion de Shahram Mokri, le 31 octobre au cinéma.

Disiz revient avec Disizilla, la pilule rouge de Pacifique

Après plusieurs semaines de teasing sur les réseaux sociaux et « Hiroshima », un premier clip détonant, Disiz revient avec un douzième album, Disizilla. L’artiste s’y transforme en créature monstrueuse et retrace une enfance tourmentée.

© Polydor

Un peu plus d’un an seulement après la sortie de Pacifique, aussi électrisant qu’engagé, Disiz propose au public un douzième opus percutant aux références multiples. Omniprésent sur les réseaux depuis plusieurs semaines, via des stories Instagram republiées sur Twitter et Facebook, le rappeur a profité de ces médias pour faire sa propre promo en reprenant des éléments cultes de la pop culture. De Godzilla au film Drive de Nicolas Winding Refn, en passant par Akira, l’artiste prouve une nouvelle fois que certains de ses modèles influent parfaitement sur sa musique et ses textes, qui plairont à son public de toujours. Mais aussi à la nouvelle génération, friande de références culturelles japonisantes notamment, en témoigne le succès d’objets pop sortis récemment comme Ready Player One.

Le monstre Disizilla sort des mers

Dès le premier son “Kaïju”, le ton est donné : Disiz sort les crocs sur un rythme nerveux et déterminé à la manière d’une créature extraterrestre (maintes fois transposée sur grand écran par Ishirô Honda ou Guillermo Del Toro pour ne citer qu’eux) et annonce qu’”il n’est pas venu là pour faire son trou mais pour faire des cratères”. Si en presque 20 ans de carrière, l’artiste n’a plus rien à prouver dans le milieu du rap, on ressent dans cet album son besoin d’exploser une certaine rage, contenue dans son opus précédent. Disizilla est résolument le côté sombre de Pacifique, qui était posé et poétique mais non moins pertinent.

Tel un “Mastodonte”, utilisant un sample du tube “Simon Says” de Pharoahe Monch, Disiz sort de son océan pour se mettre à nu et n’a pas peur d’aller chercher encore plus profondément dans sa vie personnelle pour ses textes. Alors que dans Pacifique, il se tournait vers le monde extérieur, pour Disizilla, c’est une introspection que le rappeur nous propose, centrée sur sa jeunesse et la notion de famille.

L’enfant des rues irradié

Originaire d’Amiens, ayant grandi en banlieue parisienne, Sérigne M’Baye Gueye de son vrai nom a trouvé dans l’art du rap et du jonglage des mots un véritable exutoire. La musique a permis à Disiz d’extérioriser son mal-être et de coucher sur papier ses souffrances et ses interrogations qui ressortent d’autant plus maintenant. Crise de la quarantaine ou remise en question profonde, Disizilla permet à son auteur de revenir sur ses souvenirs d’enfant issu de l’union d’une mère belge combattante et d’un père sénégalais absent. Une famille nucléaire qui implose et une adolescence semée d’embûches dans les quartiers ont forgé le caractère de Disiz, “livré à lui-même, enfant des rues, il s’habitue au drama”, se transformant en machine de guerre gonflée à bloc pour ses propres enfants.

Heureux qui comme “Ulysse” a fait un long voyage, Disiz quitte sa vie de père de famille le temps d’un album et retrouve les yeux de l’enfant qu’il était dans un mélange de naïveté et d’émerveillement sur le monde qui l’entoure et de la sagesse d’un homme qui a traversé des épreuves. Ce savant mélange saupoudré de références culturelles venues du pays du Soleil-Levant sonne comme un témoignage qu’il délivre à ses enfants, comme sa fille Eari invitée à réconforter son père : « Mon petit papa, ne t’inquiète pas, j’ai confiance en toi »

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© Polydor

Une production monstrueuse

Comme dans Pacifique, deux featurings viennent sublimer Disizilla : l’un avec Sofiane, l’autre avec Niska. À la production de ces titres de feu, mêlant rap, trap et électro avec des sonorités rappelant parfois Fatboy Slim, on retrouve des artistes techniciens du moment à l’image de Ponko qui a collaboré avec Hamza et Damso, les célèbres The Shoes mais aussi le musicien Shady et le producteur MiM, entre autres. Disiz s’est bien entouré pour ce douzième album écrit, produit et mixé en seulement trois semaines.

Malgré la personnification de l’artiste en monstre géant, ce n’est pas un côté maléfique qui ressort de Disizilla mais la partie immergée de l’iceberg qu’était Pacifique. Disiz répond à son ancien album seulement un an après la sortie de ce dernier avec un produit sanguin et viscéral, un joyau brut à écouter sans modération. Une pilule rouge à avaler, pour mieux revenir à la réalité. Pour nous, Disizilla c’est un grand “OWI”.

Disizilla est disponible le 14 septembre 2018 sur iTunes, Spotify et SoundCloud.

Tu ne m’as pas fait jouir, il se passe quoi ensuite ? (3/3)

À coups de témoignages salvateurs, le compte Instagram @tasjoui dénonce l’inégalité au sein des rapports sexuels entre hétérosexuels, pour la plupart dans le « sens unique » du plaisir masculin… et affirme en outre qu’il n’est pas trop tard pour rebattre les cartes et les redistribuer plus équitablement.

La masturbation le prouve : l’orgasme féminin n’est pas un élément mystique. Selon la moyenne, 4 minutes suffiraient en effet à le déclencher. Il peut donc être aussi automatique que son égal masculin, à condition d’impliquer son élément déclencheur : le clitoris. Partant de ce postulat, le plaisir d’une femme devrait pouvoir être satisfait à chacun de ses rapports sexuels (même si ce dernier peut revêtir diverses formes).

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Sexe entre amis (© Sony Pictures)

Or s’il est tout à fait possible d’atteindre le septième ciel, quelques éléments techniques empêchent souvent le décollage : quand certains hommes ignorent tout du clitoris – ce qui est un problème d’éducation, donc de société, et parfois aussi de mauvaise volonté – certaines femmes, trop démonstratives ou trop silencieuses, coupent toute possibilité d’amélioration.

1 partout, la balle au centre. Après tout, l’ambition de @tasjoui n’est pas de pointer un responsable du doigt, mais de recentrer ce dernier sur le clitoris. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que vous êtes une personne ouverte d’esprit disposée à modifier ses habitudes… Un peu à l’image des 21% de garçons actuellement abonnés au compte Instagram de Dora Moutot qui, plutôt que d’y voir une menace, réalisent finalement que c’est une lutte commune.

« J’ai reçu quelques insultes, c’était un peu inévitable… Mais j’ai surtout eu énormément de messages de remerciements de la part de garçons, qui prenaient conscience du problème grâce aux témoignages. Certains m’ont même posé des questions très techniques. Et c’est positif, parce que ça prouve qu’ils veulent apprendre et bien faire… Mais je ne peux pas m’aventurer sur ce terrain !« 

Bon. On reprend l’entraînement et on insiste sur le travail d’équipe ?

Côté filles

Arrêter de simuler

Même si certains magazines féminins prônent les prétendues vertus de la simulation sur notre corps  – quitte à s’ennuyer, autant brûler des calories, histoire de coller davantage à un pseudo idéal sociétal de l’image de la femme -, cette pratique, bien trop répandue, devrait être définitivement bannie de vos habitudes.

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Comme l’a parfaitement formulé Dora sous l’un des posts, nous ne sommes pas des « cheerleaders du sexe ». Rien ne sert de flatter les ego, bien au contraire : en donnant l’impression de jouir, vous desservez 1. votre propre cause. Vous anéantissez toute possibilité de dialogue et donc d’amélioration, car si vous faites croire que vous prenez du plaisir, comment voulez-vous que votre partenaire remarque en réalité l’absence de ce dernier ? Et puisse ensuite rectifier le tir ? Banco : vous êtes donc condamnée à continuer de faire semblant. Et oubliez tout de suite l’idée du « fake it till you make it ». Car quand on ne prend pas de plaisir, on perd progressivement le désir.

En simulant, vous desservez également 2. la cause féminine dans son ensemble : ignorant tout de ses maladresses, votre partenaire les réitérera avec la fille suivante qui, si elle simule aussi, perpétuera un cercle vicieux infernal. Jusqu’au jour où vous serez vous-même cette « fille suivante » d’un autre, et récolterez les conséquences d’un silence entretenu. Rien à en tirer, on vous dit.

Oser communiquer

Parler de sexe n’est pas toujours évident, car tout le monde n’est pas aussi décomplexé face au sujet. Affirmer ce que l’on veut requiert en effet du courage, de se sentir suffisamment à l’aise avec la personne, et de réussir à déterminer nos envies. Mais c’est une conversation nécessaire. Vous allez bien devoir parler de protection à un moment donné, de préférence avant le rapport. On ne le dira jamais assez, pas vrai ? Alors glissez-y deux ou trois conseils et allusions à ce que vous aimez, ça ne mange pas de pain.

Bonus du dialogue : vous apprendrez au passage les préférences de votre partenaire et l’expérience n’en sera que plus bénéfique, pour l’un comme pour l’autre. La communication ne serait-elle pas, d’après tous les articles sexo publiés depuis la nuit des temps, la base d’une vie sexuelle épanouie ?

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Et si jamais les mots paraissent encore trop impressionnants, il reste une parure de choix : les gestes. N’hésitez pas à déplacer la main de votre amant et à lui montrer comment faire. Si vous ne remarquez aucun changement de comportement malgré tout ça, c’est un problème d’égoïsme, donc de partenaire. Vous saurez alors quoi faire.

Ne pas vous priver

Non, vos petites lèvres ne sont pas « trop grandes » ou « inexistantes ». Non, votre corps n’est pas « différent » ou « bizarre ». Et non, mille fois non, il n’est dès lors pas impropre à la pratique du cunnilingus. Jetez un œil à @thevulvagallery et oubliez tout de suite l’idée d’une labiaplastie ou d’une nymphoplastie. Célébrez plutôt l’unicité de votre anatomie et n’hésitez pas à partager ce compte à ceux qui vous auraient fait des remarques déplacées à ce sujet sans y être invités.

Quant aux complexes sur les réactions de votre corps face au désir/plaisir : vous ne pouvez pas le réguler. Alors à défaut, posez-vous cette question : un corps qui affirme avec conviction ce qu’il aime, est-ce vraiment une si mauvaise chose ? La réponse que vous cherchez est « non ».

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You go girl! 💪🌈

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Peu importe l’anatomie de votre sexe ou les manifestations de votre corps pendant le rapport sexuel : ce qui importe réellement, c’est que ce dernier soit aussi satisfaisant pour vous que pour le garçon impliqué.

Côté garçons

Se montrer plus attentif

Il est effectivement difficile de déceler un problème si vous n’avez aucun indice, votre partenaire simulant ou ne se plaignant jamais. Peut-être même que vous vous y prenez bien… Mais ça ne coûte rien de vérifier. Ainsi, n’hésitez pas à instaurer un dialogue. Cela permettra à votre partenaire de se sentir à l’écoute, donc plus à l’aise pour en parler. Elle connaît son corps et est en position de vous dire comment mieux le toucher, sans oublier que le clitoris est très sensible. N’appréhendez donc pas ses propos comme des reproches, mais comme des conseils constructifs qui lui permettront simplement de prendre plus de plaisir avec vous : il y a pire motivation, non ?

Ne pas négliger l’importance des préliminaires

Oui, linguistiquement parlant, les préliminaires se situent avant la pénétration. Mais c’est oublier que, dans la plupart des cas, les préliminaires sont expédiés en raison de la montée – plus rapide – du désir masculin, et surtout que l’acte sexuel est un ensemble. Le résumer à un « pendant » soi-disant plus important, c’est adopter une vision hétéro phallocentrée de l’acte où la pénétration impliquant un pénis est sacralisée. Or, les rapports lesbiens n’en sont pas moins sexuels lorsqu’ils sont exempts de tout phallus dans l’équation (voire même, de toute pénétration).

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Ainsi, dans un rapport égalitaire où la jouissance est mutuelle, les préliminaires sont au centre de l’acte et apportent tout autant, voire plus, de plaisir. Ce qui implique de les prolonger après la pénétration si vous remarquez que le plaisir de votre partenaire n’a pas été entièrement satisfait. Après tout, le sexe est une question d’instinct primaire, c’est animal… Donc pourquoi être si protocolaire à sa rencontre ?

Ne pas faire culpabiliser votre partenaire

Acceptez que le rapport sexuel puisse ne pas être parfaitement égalitaire. Le sexe reste une activité spontanée et nombres d’éléments extérieurs peuvent s’immiscer entre vous. La fatigue, le manque d’envie, l’alcool… Tout ceci peut alors déséquilibrer épisodiquement le plaisir (si c’est systématique, ça devient un tantinet plus problématique).

Ainsi, si votre partenaire a déjà atteint l’orgasme au cours des préliminaires, il peut arriver qu’elle ne ressente pas l’envie de continuer plus loin : bienvenue dans le sexe côté féminin. C’est frustrant, mais ce n’est pas une fin en soi. N’inventez pas un mal physique pour la faire culpabiliser. Rien ne vous empêche de demander quelque chose. Mais si votre partenaire se montre réticente ou refuse, vous ne pouvez l’exiger. Communiquez, soyez patients et respectez son opinion. Le sexe se base sur une envie, non un devoir : on ne rappellera jamais assez la valeur du consentement.

Respecter son corps

Ne vous permettez aucune remarque sur le corps de votre partenaire. Et même si vous y avez été invité, soyez prudent quant au choix de vos mots. Les paroles restent et ce serait absurde de créer un complexe qui n’a pas lieu d’être, qu’importe la raison. N’appréhendez pas son corps ou ses réactions comme « difforme » ou « bizarres », sous prétexte que vous n’avez jusqu’ici rien vu de similaire : il est normal, juste différent. Et puis on ne demande pas à ce que son sexe réponde à une certaine idée de la beauté en plus d’être fonctionnel. Doit-on rappeler qu’un pénis n’est pas forcément très esthétique ?

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Sexe entre amis (© Sony Pictures)

P.S. : CLI-TO-RIS.

P.P.S. : n’hésitez pas à lire l’entretien – très instructif – que Dora Moutot a accordé à Vice.

Le clitoris, grand oublié d’un rapport sexuel à sens unique (2/3)

Le problème classique de l’absence de connaissance du clitoris cache, plus insidieusement, un cruel manque d’intérêt pour le désir de la femme. Une construction sociétale de longue date aux conséquences ravageuses et durables, que le compte Instagram @tasjoui essaie aujourd’hui de renverser.

Le clitoris, cet éternel oublié

Depuis toujours, plane autour du clitoris un obscurantisme soigneusement entretenu par les lobbies religieux, qui considèrent le plaisir féminin subsidiaire aux rapports sexuels, ces derniers étant essentiellement destinés à la reproduction.

Or dans ce contexte, rappelons-le, n’est nécessaire que l’éjaculation masculine, donc la pénétration et, de facto, le plaisir masculin, même si ce dernier connaît d’autres formes. En découle une vision hétéro phallocentrée du sexe, où la pénétration se voit sacralisée au détriment des préliminaires (et au passage, du clitoris).

Heureusement pour l’homme, l’acte de reproduction lui apporte ainsi satisfaction. Mais lorsque Dieu créa la femme, il oublia vraisemblablement l’égalité des chances. De ce postulat découle l’acquis suivant, erroné mais répandu : le rapport sexuel se clôture avec l’éjaculation masculine. Si madame n’a pas pris de plaisir, c’est dommage pour elle, mais c’est tant pis. Et puis de toute façon, le plaisir est un péché.

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Nymphomaniac (© Les Films du Losange)

Si les croyances sont anciennes, le problème, lui, demeure terriblement actuel. La doctrine de ces groupes religieux ayant longtemps été très influente, le clitoris, symbole du plaisir féminin, a progressivement été radié de l’éducation et, en conséquence, effacé de l’inconscient collectif. On notera que son souvenir reste pourtant bien précis lorsqu’il est jugé incommodant, cf. la pratique répandue de l’excision.

Un temps organe diabolisé, le clitoris est devenu un organe oublié. La preuve ? Les innombrables travaux à la recherche du mystérieux point G, aussi fascinant – car soi-disant épicentre du plaisir féminin – qu’il demeure introuvable. Et pour cause : selon les scientifiques actuels, le point G ne serait autre que… la partie interne du clitoris. Décidément, il est coriace.

Malgré des initiatives destinées à faire connaître le clitoris auprès du grand public [comme sa représentation en 3D, en 2016], elles sont encore trop récentes pour espérer rattraper un retard devenu considérable. Rappelons que le premier manuel scolaire présentant un schéma anatomique correct du clitoris a été édité en… 2017.

Conséquences ? Vingt ans après la découverte officielle de l’organe [en 1998, grâce au Dr. Helen O’Connell, à qui l’on doit sa première description anatomique exacte, sur la base des travaux de Georg Ludwig Kobelt datant du 19ème siècle, ndlr], il demeure largement méconnu. Nombre d’hommes et de femmes continuent de tout ignorer du clitoris aujourd’hui : son existence, sa forme, sa localisation, sa fonction, sa manipulation. Selon un rapport publié en 2016, un quart des filles de 15 ans ne savent même pas qu’elles en ont un.

Problématique, me direz-vous, quand la jouissance féminine dépend principalement de cet organe… Le seul, d’ailleurs, dédié entièrement au plaisir, car porteur d’environ 8.000 terminaisons nerveuses. Rien que ça !

Les femmes, ces insatiables romantiques

Confortablement installée dans le schéma patriarcal, et le flou général, la société s’est progressivement complu dans l’idée que les femmes, finalement, n’accordent que peu d’importance à leur plaisir. Ce dernier, en effet, serait déjà satisfait par le simple fait d’en donner. Mais spoiler alert : la branlette de monsieur ne fait jouir que lui.

Un dévouement – pour ne pas dire dévotion – qui s’inscrit dans la « romantisation » de la vision féminine du sexe, appréhendée comme cérébrale plutôt que physique. Elle pourrait se résumer comme telle : « le niveau de plaisir que ressent une femme au cours d’un rapport serait proportionnel aux sentiments qu’elle éprouve pour son amant ». Comprendre : plus la femme est attachée, plus elle a de chances d’atteindre l’orgasme.

Car c’est bien connu : une femme a besoin d’attention et de gestes tendres de la part de l’homme – dont elle écrit le nom avec des cœurs dans son journal intime chaque soir – pour espérer ressentir du plaisir à l’occasion d’un acte pourtant primaire.

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Résumons. L’élément déclencheur physique du plaisir féminin (mais si, le fameux point G) est introuvable et dépend de l’anatomie de chacune. Bien. L’élément déclencheur psychique du plaisir féminin (alias les émotions) est complexe et dépend également du ressenti de chacune. Très bien. Mais ça fait quand même beaucoup de mystères, de recoins et de subjectivité… Et en définitive, beaucoup d’excuses, non ?

Après la frustration, le questionnement

Sous prétexte de la complexité de l’anatomie féminine, nous avons progressivement abandonné l’idée de la comprendre : les femmes n’auraient jamais autant d’orgasmes que leurs partenaires masculins, telle serait la fatalité.

Doucement, ce statu quo devint le terreau fertile d’un rapport sexuel à sens unique. Pendant que l’homme, insouciant, prend du plaisir, la femme, elle, en manque. Une inégalité bien réelle qui porte même un nom : l’orgasm gap. Selon une étude de 2017, le rapport sexuel se terminerait par un orgasme pour 95% des hommes hétérosexuels, contre 65% des femmes hétérosexuelles.

Derrière cet écart important, une cause simpliste : le délaissement du clitoris. Trop peu – voire pas du tout – stimulé au cours des préliminaires, il est souvent complètement oublié pendant la pénétration. Dora Moutot, créatrice de @tasjoui, illustre cette idée :

« Certains estiment que c’est normal de ne pas toucher le clitoris et de se contenter d’une pénétration. Or, pour imager, c’est comme si on délaissait le pénis de notre partenaire et qu’on ne lui touchait que les couilles, en attendant qu’il jouisse. Il ne se passerait pas grand-chose ! »

Le raisonnement se vérifie. Selon la même étude, 86% des femmes homosexuelles connaîtraient l’orgasme au cours de leurs rapports, où le clitoris est forcément davantage pris en considération en l’absence de pénétration phallique.

Au détour de témoignages présents sur le compte Instagram, on découvre d’ailleurs que certaines femmes hétérosexuelles frustrées en seraient arrivées à se questionner sur leur attirance pour les hommes. En plein doute sur leur sexualité, elles seraient allées rechercher l’orgasme ailleurs – dans les draps d’autres femmes – où elles auraient trouvé, pour beaucoup, un plaisir jusqu’alors inconnu.

Au-delà de l’incompréhension et des questionnements, la frustration donne surtout l’impression à la femme de n’être que le « réceptacle » du plaisir de son partenaire. Un plaisir dont elle est trop souvent exclue.

Après la culpabilisation, les complexes

L’inégalité se complaît tellement dans le rapport que certains hommes refusent catégoriquement l’idée que leur plaisir ne soit pas toujours satisfait à hauteur de leur envie, ou surtout, à hauteur du plaisir qu’a ressenti leur partenaire [à l’image de cette scène de Sex and The City décrite au tout début de ce dossier].

Comme le prouvent certains témoignages, il arriverait à certains garçons d’invoquer un « mal physique » en cas de non éjaculation, qui serait dû à la congestion temporaire de leurs testicules. Un phénomène connu sous le nom d’hypertension épididymale.

Alors que le problème du garçon en question pourrait être réglé rapidement – de sa propre initiative – il préfère souvent essayer de faire culpabiliser sa partenaire et lui reprocher son égoïsme, dans le cas où elle serait trop fatiguée pour continuer ou n’aurait simplement pas envie d’aller plus loin.

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Si le sexe ne peut être toujours égalitaire à 100%, puisque qu’il implique deux personnes humaines à la libido variable, la pratique de culpabilisation reflète la difficulté pour certains hommes d’accepter que le rapport puisse être déséquilibré à leurs dépends. Comprendre, qu’ils n’aient pas ressenti autant de plaisir que leur partenaire.

La situation inverse en revanche – pourtant beaucoup plus répandue – semble moins dérangeante. La preuve ? Les témoignages de femmes dont les partenaires refuseraient de leur faire des cunnilingus. Les exemples où le refus est motivé par des « considérations hygiéniques », puis suivi d’une demande de fellation, se passent de commentaires. Mauvaise foi, quand tu nous tiens.

Qu’on soit bien d’accord : la base même du sexe est le consentement. Un homme peut tout à fait de ne pas vouloir faire de cunnilingus, tout comme une femme peut refuser de faire une fellation. Chacun est libre de ses actes. Là où le refus devient problématique, c’est lorsqu’il s’accompagne de remarques déplacées sur le corps de sa partenaire, qui peuvent l’amener à douter de son droit au plaisir.

En plus d’être irrespectueux, commenter négativement l’anatomie féminine, c’est oublier qu’en l’absence de représentations variées et réalistes de leur sexe, les filles doivent souvent se contenter en grandissant de l’image biaisée véhiculée par le porno. L’appareil génital est souvent source de questionnements, voire de complexes, dès le plus jeune âge : lors d’une première visite chez le gynéco, il est presque devenu d’usage de demander à être rassurée sur la normalité de son sexe.

Or dans ce contexte, difficile de balayer d’un revers de main les commentaires masculins sur l’aspect ou les réactions de son corps, surtout quand l’acceptation de ce dernier est si fragile. Les mots, même simplement maladroits, peuvent avoir un impact profond et durable. On assiste finalement à un renversement de la charge de la culpabilité très insidieux, et ce qui se voulait souvent une simple discussion prend des allures d’humiliation.

Si les propos ont le malheur de résonner avec les doutes de certaines femmes, ces dernières peuvent s’enfermer dans la terrible – et solitaire – spirale des complexes. Persuadées ne pas mériter de plaisir, elles finissent par taire ce dernier. Ou, de peur d’être également qualifiées de frigides, le simulent. La boucle est bouclée.

Au milieu de l’incompréhension et de la frustration générale, on cherche un coupable plutôt qu’un allié et on hiérarchise les plaisirs. En bref : on anesthésie les promesses de joie qu’apporte pourtant le sexe. Et c’est un bien triste bilan. Mais heureusement pour nous, le clitoris – toujours bien en place -, ne compte plus se faire oublier. Une bonne occasion de rattraper aujourd’hui les erreurs du passé.

L’organe retrouvé ?

Hommes comme femmes, nous devons prendre conscience qu’au-delà de l’intimité, le déséquilibre des rapports sexuels prend racine dans la faiblesse – pour ne pas dire l’absence – de l’éducation sexuelle. Or pour éradiquer définitivement et durablement ce problème sociétal, le plaisir doit prendre le chemin de l’école et y trouver une place sur ses bancs. Ainsi, la journaliste Dora Moutot en est aujourd’hui persuadée : l’avenir de @tasjoui est dans la rue.

« Pour être pris au sérieux par le gouvernement et espérer une réelle prise de conscience, il faut que le problème soit visible. On a beau gueuler, 100.000 personnes, ça reste vague tant qu’on les voit pas. Or s’ils clamaient la même chose dans la rue, ça aurait une toute autre allure. »

Alors pour une démocratisation des orgasmes, c’est dehors, par ici et surtout dans votre lit.

À suivre -> Tu ne m’as pas fait jouir, il se passe quoi ensuite ? (3/3)

Sierra Burgess ou la glorification de l’usurpation d’identité

Avec le dernier long-métrage de l’écurie Netflix, on s’attendait à dénicher un teen movie léger et fleur bleue. À la place, on a écopé d’un film bancal et problématique qui prend surtout des airs d’ode au catfishing.

© Netflix

Lycéenne lambda aux choix vestimentaires douteux, Sierra Burgess ne rêve que d’une chose (la même que toute héroïne de film pour ados, évidemment) : trouver l’amour. Alors, quand l’occasion de prétendre être la bombe de son établissement via textos pour gagner l’attention du quarterback populaire se présente, elle n’hésite pas une seule seconde. Et c’est ainsi que démarre une idylle épistolaire 2.0 fondée sur le mensonge et la manipulation. Comment ça, ça ne fait pas rêver ?

Non, Sierra Burgess Is a Loser n’est pas un bon film, et encore moins un teen movie efficace en dépit d’un casting qui s’en tire avec les honneurs. Shannon Purser, éternelle Barb de Stranger Things, délivre une performance sincère, mais peut-être pas suffisamment pour faire de Sierra une protagoniste aimable. Face à elle, Noah Centineo, coupable de l’explosion de nombreux ovaires depuis la mise en ligne d’À tous les garçons que j’ai aimés. Toujours bon, l’acteur reste plus ou moins cloîtré dans le même type de personnage avec celui de Jamey, qui fait forcément écho à Peter Kavinsky. Tout ça est assez déstabilisant étant donné que les deux productions sont sorties à quelques semaines d’intervalle, sur Netflix en prime.

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Le cœur du problème avec Sierra Burgess, c’est son message indésirable. Tout au long des pénibles 105 minutes que dure ce film, l’héroïne éponyme collectionne les décisions suspicieuses. En plus de mentir sur son identité en se faisant passer pour Veronica – la mean girl au bon fond, archétype usé jusqu’à la moelle -, Sierra ne s’arrête pas là. Suite à un quiproquo, elle ment sur le fait de maîtriser la langue des signes, sans savoir que son crush a un petit frère malentendant. Pour le tact, on repassera. Pire encore, lors d’une scène improbable à souhait, Sierra embrasse Jamey sans que ce dernier soit au courant de son identité. Ah, le consentement, ce concept si étranger.

En soi, que Sierra commette tous ces actes répréhensibles, on peut le comprendre. Pour faire preuve d’impartialité, le film réussit à souligner son manque de confiance en elle et ses divers complexes. Et si ces aspects-là ne suffisent pas à justifier son comportement borderline, ils parviennent à la rendre un tantinet plus humaine. Mais ça ne suffit pas. Non, là où ça coince réellement, c’est au dernier acte de Sierra Burgess Is a Loser, point culminant d’une œuvre déjà bien frustrante.

Après s’être sérieusement plantée – en plus d’avoir allègrement joué avec les émotions de Jamey, elle a fait un sacré coup bas à Veronica qui était devenue son alliée -, Sierra doit passer à l’étape de rédemption. Rédemption qui, selon les scénaristes du film, passe simplement par l’écriture d’une chanson qu’elle envoie par fichier .mp3 à ceux à qui elle a causé du tort. Les excuses semblent, là aussi, être une idée surfaite.

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Au bout du compte, bien que ce soit prévisible (le concept de happy end est inhérent au genre du film pour ados), Sierra rafle la mise. Au terme de l’intrigue, elle décroche non seulement l’affection du crush qu’elle a manipulé comme un pantin, mais réussit aussi à recoller les morceaux avec sa supposée meilleure amie qu’elle a humilié devant tout le lycée. Vendu comme salvateur, ce dénouement est plus ahurissant qu’autre chose.

La morale de Sierra Burgess Is a Loser est des plus maladroites. Dans son ensemble, l’œuvre revient à mettre sur un piédestal la notion de mensonge, en minimisant l’importance de l’usurpation d’identité. En plus d’être une amie en carton, Sierra est une bully des émotions nombriliste. En théorie, on discerne les intentions du film : l’amour entre Sierra et Jamey est tellement pur qu’il outrepasse quelque chose d’aussi frivole que l’apparence physique. Le bémol, c’est qu’accepter ça comme message à retenir reviendrait à encourager la manipulation d’autrui comme moyen pour atteindre une fin jugée louable. Merci, mais non merci.

La pop star est morte, longue vie à la pop star cosmopolite 2.0

Si Britney Spears continue de remplir des salles aux États-Unis et en France, et on est très content.e.s pour elle, force est de constater que la figure de la pop star type des années 2000 a disparu pour laisser place à de nouveaux visages. Focus sur quelques unes des fortes têtes qui feront certainement l’année 2018-2019. 

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De gauche à droite, et dans le sens des aiguilles d’une montre : Mona Haydar, Dounia, Lolo Zouaï, Ta-Ra, Raveena.

La recette du succès des stars planétaires du début des années 2000 était bien huilée : blondes, blanches, minces et conditionnées. Même la figure, alors jugée controversée, de Pink! ne dérogeait pas vraiment aux règles en vigueur. La reine Beyoncé elle-même n’avait pas encore fait de la lutte pour le féminisme et contre le racisme rampant de son pays des caractères déterminants de sa carrière. Quant à sa sœur Solange, ses magnifiques morceaux aux messages forts étaient encore dans l’ombre.

Près de deux décennies ont passé, et c’est maintenant à de nouvelles figures de la pop, du R’n’B et de la soul de s’imposer sur le devant de la scène. Loin d’être de nouvelles divas 2.0 succédant à leurs aînées, ces femmes de divers horizons clament haut et fort leur volonté de jouer selon leurs propres règles sur la scène internationale.

Pour bien commencer cette rentrée, nous avons sélectionné certaines de ces artistes badass qu’il fera bon d’écouter en boucle cette nouvelle année.

Dounia

On imagine très fort que dans quelques mois, le nom de l’artiste maroco-américaine sera sur toutes les lèvres. L’année dernière, Dounia sortait Intro To, un EP porté par une voix soul et un flow aussi intimidant que séducteur. La poésie brute de ses paroles (le plus souvent en anglais, bien qu’elle y intègre parfois du français ou son dialecte marocain, comme dans « Darija Freestyle ») magnifie les arrangements R&B sur lesquels elle promène sa voix sans effort.

Née et élevée au Maroc avant de partir vivre aux États-Unis, la jeune femme d’à peine 21 ans rend hommage à ses deux pays en musique. Son amour pour New York, une ville « qui peut devenir un échappatoire et une cachette même quand on y vit », écrivait-elle pour Genius, lui a inspiré « East Coast Hiding ». Dans un autre titre de l’EP, elle rend hommage à Casablanca avec une magnifique chanson éponyme, sur laquelle elle affirme son propre statut de « non-conformiste ».

Le 22 août dernier, elle postait son dernier clip, « How I See It » (chanson qu’elle a d’ailleurs repris pour un Colors Show). La vidéo assoit la présence magnétique de son interprète. Son image fait d’ailleurs partie intégrante de son personnage puisqu’elle est particulièrement active sur son compte Instagram, où elle prône des messages d’acceptation et de confiance en soi. Ayant à cœur de « défendre et amplifier les voix des groupes marginalisés », celle de Dounia n’a pas fini de se faire entendre.

Mona Haydar

Difficile d’être passé à côté de Mona Haydar et des millions de vues engendrées par son single « Hijabi » en 2017. Avec un flow qu’on sent marqué par le hip-hop US, la syro-américaine y rappe sa fierté de porter le hijab sur une instru aux accents orientaux. Appelant à la sororité, elle rêve d’une « planète féministe » qui laisserait le droit aux femmes de s’habiller comme elles le souhaitent : « Couvertes ou pas, ne nous prenez jamais pour acquises ».

Poète, résistante et activiste, Mona Haydar dénonce les standards de beauté occidentaux qui agissent comme une forme de colonisation et s’approprient sans vergogne des caractéristiques physiques auparavant rejetées. Dans « Barbarian » (voir le clip plus haut), elle s’indigne :

« Ils essayaient de me faire détester mes hanches et mon nez,

Maintenant des imposteures posent en double page pour Vogue.

Il n’y a pas une seule de nos propres caractéristiques,

qu’ils nous laissent posséder. »

Plus loin elle ajoute : « Oh, ces grosses lèvres qu’ils détestaient/Comme le vent a tourné/Oh hay, maintenant ça sort les lipkits de Kylie J », faisant référence à la benjamine du clan Kardashian, qui doit sa fortune et son succès à sa promotion de kits de rouge à lèvres dont l’image marketing tourne autour de lèvres charnues.

La rappeuse réfute le statut d’« être(s) exotique(s) » imposé aux femmes, en particulier orientales. Elle se donne un malin plaisir à entrer dans le jeu manichéen des avocats de Trump et autres suprémacistes blancs qui voient d’un côté les « civilisés » et de l’autre les « barbares ». En se réappropriant ces termes de « barbares, sauvages et non-civilisés », elle renverse la tendance : « Si des drones qui balancent des bombes et les guerres économiques sont civilisés, alors c’est avec fierté que nous ne le sommes pas ».

En attendant la sortie de son EP, Mona Haydar continue de travailler son master en théologie et de balancer au compte-goutte des clips toujours très léchés la mettant en scène, le plus souvent accompagnée d’autres femmes de toutes les ethnicités, voilées ou non. Le dernier en date, « Suicide Doors » en featuring avec Drea D’nur, est sorti ce 14 août 2018.

Lolo Zouaï

Si elle chante surtout en anglais (elle a passé la grande majorité de sa jeune vie aux États-Unis), Lolo Zouaï infuse dans ses titres savoureusement R’n’B un certain vague à l’âme bien français. La jeune femme de 22 ans, née à Paris d’une mère française et d’un père algérien, s’est fait connaître de façon totalement indépendante grâce à l’envoûtant « High Highs to Low Lows » (voir ci-dessus) produit par Stelios.

Comble de l’ironie, c’est ce single qui relate les difficultés des jeunes artistes à se faire connaître et à éviter les pièges de l’industrie musicale qui lui a permis de se faire entendre. « Désert Rose », « Blue », « IDR » et « Brooklyn Love » sont ensuite venus appuyés le talent et la sensibilité particulière de l’autrice-compositrice-interprète.

En France, on la connaît davantage pour sa collaboration avec le rappeur Myth Syzer sur « Austin Power » et pour sa plume qui se cache derrière le single « Still Down » du groupe H.E.R. et qui lui a valu l’obtention de la bourse Abe Olman, visant à encourager les jeunes paroliers prometteurs.

En publiant ses clips faits main – tournés par ses amis et montés par elle-même – à l’imagerie surannée, Lolo Zouaï nous fait languir l’espoir d’un futur EP voire album (peut-être en 2019, confiait-elle à Konbini) où ses morceaux  franco-américains aux influences arabisantes et R’n’B des années 90 trouveront sûrement un public conquis.

Ta-Ra

Ta-Ra, anciennement connue sous les nom de Ta-Ha et senshi1992, poursuit la lignée de ces nouvelles prêtresses d’un hip-hop sans compromis. Originaire de Bondy, la chanteuse s’exprime elle aussi en anglais dans ses titres alternatifs, superposant un flow rap sur des ballades aussi R’n’B qu’elles peuvent devenir électro.

Difficile à étiqueter, l’artiste joue avec les productions et les sons. Elle mélange les codes et les ambiances, instillant des influences japonisantes (elle a vécu à Tokyo pendant un an) et des vibes allant de la soul à la bande-son de vaisseau spatial. Xylophone, saxophone et synthés y dialoguent aisément.

Mise à part la sortie, en décembre 2017, de SunrayZ, une réédition combinée de son double EP de 2016 SunrayZ et X-RayZ, l’artiste s’était faite plutôt discrète. Heureusement pour sa solide fanbase, elle nous a fait le plaisir de dévoiler en juin 2018 sur son compte YouTube « 5star ». La ligne mélodique entêtante du morceau et le chant de Ta-Ra accompagnent ses paroles pugnaces et assurées : « Mets-la moi à l’envers une fois, la deuxième tu te retrouves dans la tombe […] Je veux juste le meilleur, juste du 5 étoiles ».

Raveena

On termine ce tour de piste par une détente auditive, avec la soul et le R’n’B voluptueux de l’indo-américaine Raveena. Sur des productions qui rappellent les années 70, l’artiste pose sa voix, soyeuse, onctueuse, parfois suave, et nous emmène loin, très loin de toute dimension connue.

Après s’être fait connaître en 2016 avec le titre « You Give Me That », elle sort son premier EP l’année suivante Shanti , un concentré de soul, de jazz et de R’n’B old school traitant de la nécessité de prendre soin de soi. Son charisme intemporel a aussi tapé dans l’œil de la chaîne YouTube Colors, qui lui a proposé d’enregistrer une version d’une des chansons de son EP, « If Only ».

Au printemps 2018, Raveena est revenue sous les projecteurs avec « Honey », un titre mis en images dans un clip pour le moins sensuel et à l’esthétique vieillie. La vidéo met à l’honneur ses origines indiennes et représente différents couples avec beaucoup de douceur et de sensualité. Malgré la qualité presque méditative dans laquelle peut nous plonger Raveena, l’artiste souhaite aussi faire passer dans sa musique des messages d’espoir et de confiance en soi. Fin 2017, elle expliquait à Girlboss que son objectif principal consistait à « aider les autres (notamment les femmes de couleur) à guérir et se sentir plus légitime à prendre le pouvoir ». Espérons que la sortie de « Honey » soit annonciatrice d’un nouveau projet avant la fin de l’année.

Touche-à-tout, ces femmes qui tour à tour écrivent, composent ou réalisent ne délaissent ni le fond ni la forme. Leur poésie se met au service d’un activisme plus ou moins affiché et leur succès grandissant affirme la nécessité d’une vraie diversité des genres, des origines, des langues, des corps et des réflexions.

La modification corporelle serait-elle le futur de la mode ?

Des colliers à fleurs comme intégrés sous l’épiderme, des talons humains en forme de coquillage ou encore des plumes plus vraies que nature qu’on jurerait voir émerger d’une poitrine. Avec le débarquement en catimini de la marque A. Human, l’univers de la mode semble prendre un tournant pour le moins borderline.

© A. Human via Instagram

À l’image de nombreux buzz inopinés, tout a commencé avec une courte vidéo postée par nulle autre que Kim Kardashian. Sur son compte Twitter, celle-ci rapproche son smartphone au plus près de son cou, afin d’exhiber ce qui a tout l’air d’une sordide excroissance. En effet, la reine des réseaux sociaux semble arborer sous sa peau un collier floral qui, comme elle nous le précise, s’illumine à chaque battement de son cœur. Ce nouvel accessoire un brin étrange, notre chère Kim le doit à A. Human.

Jusqu’alors inconnue aux bataillons, cette marque high concept prend d’assaut le monde de la mode, célébrité après célébrité. En plus de la fille Kardashian, des personnalités notoires comme Chrissy Teigen et Tan France (Queer Eye) ont aussi montré leurs légères (si peu !) altérations physiques sur leurs comptes personnels. Avec ces prothèses customisées, A. Human frôle le transhumanisme et embraye même sur une réflexion presque philosophique, comme en témoigne un questionnement trouvable sur son Instagram :

« Quand tu peux changer ton corps comme tu changes de vêtements, est-ce que ton apparence perd tout son sens ou est-ce qu’elle veut absolument tout dire ? »

Après tout, la mode, haute couture ou non, a tellement pu expérimenter au fil des années et au rythme des Fashion Week qu’on en viendrait presque à se dire que la boucle est bouclée. La modification corporelle serait-elle, en toute logique, signe de renouveau pour ce secteur hypercréatif ? Simon Huck, le fondateur d’A. Human, semble être de cet avis.

© A. Human via Instagram

Depuis le 5 septembre 2018, la marque s’est installée en plein Manhattan dans une boutique intégralement consacrée à ces accessoires 2.0. Le hic, c’est qu’il ne sera pas possible de craquer son PEL dans l’espoir de se faire poser un collier scintillant sous la peau. En effet, A. Human envisage une arrivée sur le marché pour la saison printemps-été 2019. Mais en attendant, le magasin a d’ores et déjà ouvert ses portes pour les New-Yorkais et prend des airs d’exposition conceptuelle qui ravirait les meilleurs bobos parisiens.

Au vu des premières photos de cette expo partagées sur les réseaux sociaux, la boutique A. Human a tout pour se hisser au statut de temple du weird. Interviewé par Nylon, Simon Huck détaille l’objectif initial de sa marque :

« Chez A. Human, nous croyons que modifier notre apparence ne devrait pas se limiter aux vêtements, aux tatouages, aux piercings, et que les altérations faites à notre corps ne devraient pas avoir lieu simplement dans l’objectif de nous réparer. Nous croyons que toute personne, à quelque étape de sa vie, doit avoir la liberté de faire ses propres choix quant à son apparence, à la façon dont elle se sent et la manière dont elle va expérimenter le monde. Pour la faire simple, nos modifications corporelles sont conçues pour provoquer la curiosité et renforcer l’expression de soi. »

Pouvoir s’exprimer à travers son apparence, c’est totalement légitime. Après tout, c’est ce qu’on fait tous les jours via nos choix de fringues – et oui, porter volontairement des Crocs veut sans doute en dire beaucoup sur vous. En revanche, customiser ses épaules pour les affubler de cornes démoniaques, pas certain que ce soit très pratique à porter au quotidien.

Toofan à la conquête de l’international

Vendredi 31 août 2018, les deux compères de Toofan, Master Just et Barabas, ont sorti leur dernier album, Conquistadors. Le groupe togolais connaît avec cet opus une mise en lumière internationale grandissante, notamment en France, tout en restant fidèle à une recette qui fonctionne depuis plus de dix ans.

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Toofan. (© Fifou)

Toofan, c’est au départ un trio qui rencontre le succès en 2005, lorsque leur pays, le Togo, se qualifie pour la phase finale de la coupe du monde de football se déroulant en Allemagne l’année suivante. En soutien aux Éperviers, l’équipe nationale, les trois amis sortent « Épervier ogbragada ». Le titre devient rapidement un hymne à Lomé et ses alentours, tant et si bien que le groupe se retrouve à suivre la sélection togolaise jusqu’en Allemagne.

La relation étroite qu’entretient Toofan avec le foot et, par la même occasion, la jeunesse et les supporters togolais, ne s’arrête pas là. En 2012 et en 2015, le groupe (devenu un duo, composé de Barabas et Master Just, après la sortie de leur premier album) composera aussi les hymnes officiels de la coupe africaine des nations.

Sujets de fond et chorégraphies contagieuses

Les premiers morceaux de Toofan triomphent au Togo avant de traverser les frontières des pays d’Afrique de l’Ouest, avec un succès grandissant notamment au Bénin. L’engouement est immédiat. Sans doute, dans un premier temps, parce que le groupe, bercé par la musique africaine mais aussi par le hip-hop américain et le rap français, rajeunit une scène musicale togolaise qui se fait alors essentiellement connaître grâce à la musique traditionnelle, à l’instar du grand King Mensah.

À la scène comme à la ville, les deux artistes rêvent d’union et d’amour pour leur pays et le continent africain. Dans Conquistadors, on retrouve « La vie là-bas », un morceau déjà sorti sur leur deuxième album Confirmation et devenu un featuring avec la chanteuse française Louane. Le titre  se penche sur le douloureux sujet de la migration et raconte le dilemme de certains de leurs compatriotes : rester au pays ou tenter de rejoindre l’Europe.

En plus d’apprécier les talents de la jeune artiste, Masta Just et Barabas admettent avoir aimé l’idée qu’une chanteuse blanche et française traite du sujet de l’immigration par le prisme des pays de départ. C’est aussi pour cela que la chanson connaît une réédition dix ans après l’originale, comme nous l’expliquaient les deux hommes lorsque nous les avons rencontrés :

« À l’époque à laquelle on le sortait, ce morceau était plus fort que nous, nous n’avions pas encore les moyens de faire passer le message. Maintenant, on en a l’opportunité : on a plus de fans. C’est un message fort, donc il faut ramener des têtes fortes, comme Louane.

Le problème de l’immigration aujourd’hui n’est pas qu’ici [en Europe, ndlr]. C’est autant dans les pays d’embarquement que dans les pays de débarquement, donc tout le monde se sent concerné. La plupart des gens qui abordent ce genre de sujets dans leurs chansons sont les Africains. »

Sur une instru rythmée et des percussions joyeuses, les chanteurs injectent cette fibre sociale et ce besoin de peindre la réalité qui ne les a jamais quittés, en s’interrogeant : « A-t-on besoin de prendre le risque ou plutôt rester voir pleurer nos mères ? « .

Cette lecture sociale s’accompagne de l’optimisme et de la joie qui caractérisent leur univers. Leurs derniers clips, Affairage et Money, restent dans la continuité de cette atmosphère. Le style vestimentaire (lunettes noires, coupes élégantes, mélange de pièces traditionnelles et modernes) est très soigné et part belle est faite à la chorégraphie.

Toofan a toujours accompagné sa musique de concepts et de pas de danse, à l’exemple du cool-catché, du gweta ou du teré, devenus incontournables pour une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Leur marque de fabrique reste le concept de l’ogbragada, un mélange de rap et d’ambiance africaine qui leur permet de faire passer leur message de positivité : « À la base, Toofan, c’est d’abord chanter l’espoir, la joie, le bien-être et surtout donner du courage à ceux qui en ont le plus besoin », détaille Barabas.

Une carte de visite qui s’exporte bien

En 2009, la paire présente son troisième album, Carte de visite, nommé ainsi comme « une invitation au monde extérieur à venir voir la culture togolaise ». « Notre musique est juste une carte de visite que tu offres à un étranger pour qu’il découvre notre culture », expliquaient-ils en 2010 à Afrik.com.

Et la carte de visite se distribue aisément, puisque la tournée de cet album apporte un rayonnement grandissant au groupe qui se produit alors au Sénégal, au Bénin, au Burkina Faso et au Tchad avant quelques dates aux États-Unis, en France et en Belgique.

Depuis cet été, la musique de Toofan se fait de plus en plus présente sur les ondes françaises, avec notamment la diffusion de leur single « Affairage », qui se moque des amateurs de commérages et des colporteurs de ragots. Cette dernière semaine d’août, Master Just et Barabas ont invité l’équipe de Skyrock à enregistrer leur Planète Rap à Lomé, présentant ainsi les 14 titres de Conquistadors à un public français qui les connaissait moins.

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Toofan. (© Fifou)

Comme à leur habitude, les fils du vent n’ont pas lésiné sur les collaborations pour cet album produit en intégralité par Master Just lui-même. En plus de Louane, on retrouve le Franco-marocain Lartiste sur « C’est gâté », le Congolais Koffi Olomidé sur « Ambiance Congo » ainsi que le rappeur East Coast Wale sur « DJ Dosé ». Le mélange des genres et des univers fonctionne bien, les artistes en featuring ayant réussi à marier leurs identités musicales aux productions de Master Just.

Les sonorités africaines traditionnelles croisent des ambiances trap et hip-hop, en même temps que sont mis à l’honneur riffs de guitares et mélodies au piano. Les langues s’associent autant que les rythmes et les ambiances, puisque français, anglais et mina, un dialecte togolais, se répondent.

Il aurait été trop beau que l’attention accrue et quelque peu soudaine de quelques uns des plus gros médias rap de l’Hexagone à l’égard des deux compères ne soit qu’une suite logique à leur belle ascension depuis les quartiers de Lomé, il y a plus de dix ans. Il s’agit plutôt de la conséquence de leur signature avec Capitol Music France en novembre dernier.

Qu’importe la raison de cet engouement, le succès semble continuer de frapper à la porte de Toofan :

« Les fans ont eu peur au départ parce qu’ils ont cru qu’il y aurait un directeur artistique sur le projet et que ça allait peut être changer notre musique, mais on a été à deux du début jusqu’à la fin donc rien n’a changé. […] À la base quand nous composons, nous n’oublions pas le public qui nous a vus grandir et on essaie aussi de ramener à nous le public qu’on essaie de connaître. »

Le cyclone Toofan est bien en passe d’insuffler un air nouveau sur les ondes et les habitudes de la chanson française. Rien d’étonnant pour un groupe qui a choisi de faire du vent son emblème. Un vent « qui souffle partout et permet à l’explorateur de faire avancer son bateau ».

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Conquistadors de Toofan, dans les bacs depuis le 31 août 2018. (© Fifou/Capitol Music France)

« T’as joui ? », la libération de l’orgasme féminin sur Instagram (1/3)

Inauguré il y a trois semaines, le projet @tasjoui braque le projecteur sur le grand laissé-pour-compte de l’acte sexuel hétéro : le plaisir féminin. En libérant une parole trop longtemps étouffée sous les draps, le compte Instagram instaure un dialogue nécessaire à l’abolition des « monologues du clitoris ».

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Newness (© Lost City/Netflix)

Dans le premier épisode de la série Sex and The City, diffusé en 1998, Carrie Bradshaw croise un ancien amant dans un restaurant. Par esprit de vengeance, ce dernier ayant visiblement profité de ses sentiments par le passé, elle flirte ouvertement avec lui et lui donne rendez-vous l’après-midi même.

Dans la scène suivante – caméra plongée sur un lit – nous retrouvons le duo en plein préliminaires. L’homme est en train de faire un cunnilingus à notre héroïne, qui s’extasie jusqu’à atteindre l’orgasme. Il sort alors la tête de sous les draps et lance un « À mon tour ! » impatient. Carrie, à peine désolée, dit qu’elle doit retourner travailler. « Tu rigoles ? T’es vraiment sérieuse là ? », lui assène son partenaire. Elle acquiesce et se rhabille sous les yeux de son amant contrarié.

La voix off trahit la satisfaction de la jeune femme :

« Je l’ai enfin fait. J’ai baisé comme un homme ».

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© Sylvie Tittel

Au bout du fil, Dora Moutot s’excuse : « Mon téléphone n’arrête pas de vibrer… Je n’avais jamais connu de buzz médiatique, c’est vraiment fou ! ». Et quel buzz médiatique, en effet. Le 16 août dernier, depuis le fond de son lit, la journaliste inaugurait le compte Instagram @tasjoui – un espace décomplexé de déconstruction des « mythes et légendes associés à la sexualité féminine » où l’orgasme féminin est réalisable et où l’éjaculation masculine ne s’impose plus comme le grand final du rapport sexuel.

Un mois seulement après son lancement, la plateforme recense aujourd’hui près de 130.000 abonnés et de nombreux témoignages, vidéos ou illustrations aussi intimes que nécessaires sur la difficulté des femmes à atteindre l’orgasme. Un succès colossal, qui prouve que le plaisir féminin – à travers la connaissance et la considération du clitoris – était visiblement le dernier bastion de résistance à la déferlante #MeToo.

Derrière cette initiative ? Les mots de trop. Ceux d’un homme, persuadé – comme beaucoup – que « si les femmes, davantage cérébrales, jouissent moins que les hommes, c’est parce qu’elles ont besoin de sentiments pour y arriver ». Excédée par cette vision sexiste, la journaliste porte son coup de gueule sur Instagram et y dénonce, au-delà d’une énième « romantisation » du plaisir féminin, un cruel manque de connaissance et surtout d’intérêt pour ce dernier.

Les paroles de Dora Moutot résonnent avec sa communauté virtuelle, dont les membres affluent alors vers sa messagerie – devenue un temps exutoire – pour y relater leurs expériences personnelles intimes, souvent douloureuses. Dans les récits de ces femmes, la prédominance des protagonistes tels que l’absence de plaisir, puis de désir, les doutes et les complexes, souligne surtout l’absence d’un héros pourtant crucial : le clitoris. La boîte de Pandore ne s’est plus jamais refermée depuis.

Comprenant rapidement que la problématique est généralisée, et bien décidée à démontrer que l’orgasme féminin – contrairement aux croyances populaires – n’est pas une question de sentimentalisme mais bien d’anatomie, la journaliste rassemble les témoignages de ses abonné·e·s. Avec leur consentement, elle les poste anonymement sur un compte Instagram dédié : @tasjoui est né. Quitte à poursuivre la révolution sexuelle au 21ème siècle, pourquoi pas sur les réseaux sociaux ?

La suite ? Un véritable raz-de-marée. Contactée depuis par des boîtes de production, diverses maisons d’édition et associations, la jeune femme enchaîne les médias afin de démocratiser le plaisir féminin au-delà de la chambre à coucher. Car au pays de la sexualité libérée, le problème est souvent derrière les portes closes.

« Il faut que le message dépasse les frontières progressistes et féministes du milieu dans lequel j’évolue. Quand on regarde les statistiques de @tasjoui, on remarque que 65% des abonnés sont parisiens. Or le problème est partout, surtout dans les foyers éloignés de cette information. Il faut donc qu’elle résonne le plus loin possible. »

À travers ses témoignages nécessaires, le compte Instagram met enfin les mots sur un « malaise silencieux » qui, après avoir trop longtemps grondé en sourdine, est aujourd’hui bien décidé à se faire entendre. @tasjoui persiste et signe : le silence, c’était hier.

À suivre -> Le clitoris, grand oublié d’un rapport sexuel à sens unique (2/3)