Disiz revient avec Disizilla, la pilule rouge de Pacifique

Après plusieurs semaines de teasing sur les réseaux sociaux et « Hiroshima », un premier clip détonant, Disiz revient avec un douzième album, Disizilla. L’artiste s’y transforme en créature monstrueuse et retrace une enfance tourmentée.

© Polydor

Un peu plus d’un an seulement après la sortie de Pacifique, aussi électrisant qu’engagé, Disiz propose au public un douzième opus percutant aux références multiples. Omniprésent sur les réseaux depuis plusieurs semaines, via des stories Instagram republiées sur Twitter et Facebook, le rappeur a profité de ces médias pour faire sa propre promo en reprenant des éléments cultes de la pop culture. De Godzilla au film Drive de Nicolas Winding Refn, en passant par Akira, l’artiste prouve une nouvelle fois que certains de ses modèles influent parfaitement sur sa musique et ses textes, qui plairont à son public de toujours. Mais aussi à la nouvelle génération, friande de références culturelles japonisantes notamment, en témoigne le succès d’objets pop sortis récemment comme Ready Player One.

Le monstre Disizilla sort des mers

Dès le premier son “Kaïju”, le ton est donné : Disiz sort les crocs sur un rythme nerveux et déterminé à la manière d’une créature extraterrestre (maintes fois transposée sur grand écran par Ishirô Honda ou Guillermo Del Toro pour ne citer qu’eux) et annonce qu’”il n’est pas venu là pour faire son trou mais pour faire des cratères”. Si en presque 20 ans de carrière, l’artiste n’a plus rien à prouver dans le milieu du rap, on ressent dans cet album son besoin d’exploser une certaine rage, contenue dans son opus précédent. Disizilla est résolument le côté sombre de Pacifique, qui était posé et poétique mais non moins pertinent.

Tel un “Mastodonte”, utilisant un sample du tube “Simon Says” de Pharoahe Monch, Disiz sort de son océan pour se mettre à nu et n’a pas peur d’aller chercher encore plus profondément dans sa vie personnelle pour ses textes. Alors que dans Pacifique, il se tournait vers le monde extérieur, pour Disizilla, c’est une introspection que le rappeur nous propose, centrée sur sa jeunesse et la notion de famille.

L’enfant des rues irradié

Originaire d’Amiens, ayant grandi en banlieue parisienne, Sérigne M’Baye Gueye de son vrai nom a trouvé dans l’art du rap et du jonglage des mots un véritable exutoire. La musique a permis à Disiz d’extérioriser son mal-être et de coucher sur papier ses souffrances et ses interrogations qui ressortent d’autant plus maintenant. Crise de la quarantaine ou remise en question profonde, Disizilla permet à son auteur de revenir sur ses souvenirs d’enfant issu de l’union d’une mère belge combattante et d’un père sénégalais absent. Une famille nucléaire qui implose et une adolescence semée d’embûches dans les quartiers ont forgé le caractère de Disiz, “livré à lui-même, enfant des rues, il s’habitue au drama”, se transformant en machine de guerre gonflée à bloc pour ses propres enfants.

Heureux qui comme “Ulysse” a fait un long voyage, Disiz quitte sa vie de père de famille le temps d’un album et retrouve les yeux de l’enfant qu’il était dans un mélange de naïveté et d’émerveillement sur le monde qui l’entoure et de la sagesse d’un homme qui a traversé des épreuves. Ce savant mélange saupoudré de références culturelles venues du pays du Soleil-Levant sonne comme un témoignage qu’il délivre à ses enfants, comme sa fille Eari invitée à réconforter son père : « Mon petit papa, ne t’inquiète pas, j’ai confiance en toi »

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© Polydor

Une production monstrueuse

Comme dans Pacifique, deux featurings viennent sublimer Disizilla : l’un avec Sofiane, l’autre avec Niska. À la production de ces titres de feu, mêlant rap, trap et électro avec des sonorités rappelant parfois Fatboy Slim, on retrouve des artistes techniciens du moment à l’image de Ponko qui a collaboré avec Hamza et Damso, les célèbres The Shoes mais aussi le musicien Shady et le producteur MiM, entre autres. Disiz s’est bien entouré pour ce douzième album écrit, produit et mixé en seulement trois semaines.

Malgré la personnification de l’artiste en monstre géant, ce n’est pas un côté maléfique qui ressort de Disizilla mais la partie immergée de l’iceberg qu’était Pacifique. Disiz répond à son ancien album seulement un an après la sortie de ce dernier avec un produit sanguin et viscéral, un joyau brut à écouter sans modération. Une pilule rouge à avaler, pour mieux revenir à la réalité. Pour nous, Disizilla c’est un grand “OWI”.

Disizilla est disponible le 14 septembre 2018 sur iTunes, Spotify et SoundCloud.

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