Les mille facettes d’Alphonse Mucha exposées au Musée du Luxembourg

Jusqu’au 27 janvier 2019, le Musée du Luxembourg invite le public à (re)découvrir de long en large l’œuvre du peintre Alphonse Mucha.

les saisons - l'été 1896
Les saisons : l’été, Alphonse Mucha, 1896. (© Mucha Trust 2018)

Depuis la mi-septembre, le Musée du Luxembourg se fait l’écrin d’une exposition consacrée à l’artiste originaire de l’actuelle République Tchèque, Alphonse Mucha. Les pièces en dédale du musée permettent aux visiteurs de déambuler au milieu des œuvres et de l’histoire, artistique et biographique, d’Alphonse Mucha.

En plus de retrouver ses représentations de femmes aux allures de nymphes, longs cheveux lâchés et myriade de teintes pastel, l’exposition met en lumière les mille facettes créatives de l’artiste, tour à tour affichiste fétiche du gratin parisien, artiste publicitaire, passionné d’orfèvrerie, peintre fasciné par la politique des peuples slaves, le mystique et le destin de l’humanité.

La scénographie de l’exposition a justement été créée pour mettre en exergue le caractère protéiforme de l’artiste. Les premières salles sont pensées de manière chronologique et permettent de se remémorer l’ascension à la gloire du jeune prodige venu du sud de la Moravie (alors sous administration autrichienne et actuelle République Tchèque).

La légende entourant Alphonse Mucha a auréolé cette ascension à la gloire d’allures de conte de fée : près de huit ans après son arrivée à Paris, sa rencontre avec Paul Gauguin et ses collaborations avec diverses maisons d’édition dont Armand Colin, il réalise une première affiche représentant la superstar du théâtre français du XXe siècle, Sarah Bernhardt, dans le rôle de Gismonda. La comédienne serait tombée sous le charme de l’affiche dans les rues parisiennes le jour de l’An 1895. Elle décide de signer un contrat d’exclusivité de six ans avec le jeune homme, changeant ainsi radicalement sa vie, souligne le musée.

Affiche pour Gismonda
Gismonda, Alphonse Mucha, 1894. (© Mucha Trust 2018)

S’ensuit une époque de création fastueuse pour Alphonse Mucha, dont le travail est toujours étroitement lié à l’idée d’accessibilité. Il se fait rapidement connaître pour ses affiches aux influences nippones, longues et étroites, aux traits fins. Persuadé que l’art ne doit pas être réservé à une élite (il affirme préférer « être un illustrateur populaire qu’un défenseur de l’art pour l’art »), il n’hésite pas à créer pour la publicité : savon, biscuits secs, papier à rouler et affiches commerciales ou décoratives. Ces produits alors communs sont aujourd’hui devenus objets de collection, exemples typiques du mouvement Art nouveau dont Alphonse Mucha est souvent considéré comme le père fondateur.

Affiche pour le papier à cigarette Job 1896
Papier à cigarettes « Job », Alphonse Mucha, 1896. (© Mucha Trust 2018)

La seconde moitié de l’exposition est centrée autour de trois de ses sources d’inspirations majeures : le mystique, sa patrie et la philosophie. Les visiteurs découvrent ainsi dans des pièces toutes en courbes des œuvres moins connues d’Alphonse Mucha, qu’on ne lui associerait pas forcément au premier regard.

Activiste depuis son adolescence en Moravie (il illustre alors des magazines satiriques locaux qui défendent l’idée d’une nation tchèque indépendante de l’empire austro-hongrois), il crée une association d’étudiants tchèques, polonais et russes après son arrivée à Paris et devient rapidement une figure importante pour les communautés tchèques et slaves.

Un artiste affichiste devenu peintre activiste cosmopolite

Cosmopolite et connu à l’internationale, c’est tout naturellement qu’on fait appel à lui pour décorer le pavillon de la Bosnie Herzégovine lors de la grande Exposition universelle de Paris de 1900. L’enjeu est autant politique qu’artistique, si ce n’est plus, étant donné que la région est annexée à l’Autriche-Hongrie.

Pourtant fervent défenseur de l’indépendance des peuples slaves, il travaille pour l’Empire austro-hongrois, oppresseur de ces mêmes peuples. C’est cette expérience inconfortable qui le pousse à réaliser le projet majeur de sa carrière, L’Épopée slave. Présentée comme un « appel éclatant à l’unité », vingt épisodes de l’histoire tchèque et d’autres nations slaves sont représentés. Une salle est consacrée à ce travail gigantesque ; malheureusement les œuvres ne sont pas exposées physiquement mais seulement projetées sur un grand mur blanc.

Etude pour l'épopée slave
Étude pour l’Épopée slave (cycle n°6) : couronnement du Tsar serbe Stepan Dusan comme Empereur romain d’Orient, Alphonse Mucha, c. 1923-1924. (© Mucha Trust 2018)

Un chemin spirituel sinueux, entre philosophie et franc-maçonnerie

Poussé tout au long de sa vie par un désir « d’amélioration de l’humanité », il se tourne vers diverses sources spirituelles et philosophiques. Devenu adepte de la franc-maçonnerie, il espère faire passer ses messages de progrès, centrés autour de « la Beauté, la Vérité, l’Amour », à travers son art. Inspiré par la nature et ce qu’il voit comme des « pierres angulaires de l’humanité », il crée des œuvres et des séries consacrées aux saisons (L’ÉtéL’AutomneL’HiverLe Printemps), à l’influence des planètes (Le Zodiaque) ou à l’espoir (avec son dernier triptyque : L’Âge de la RaisonL’Âge de la SagesseL’Âge de l’Amour).

Jusqu’au 27 janvier 2019, le Musée du Luxembourg met ainsi en lumière un artiste qu’on pensait facile à définir mais dont les différentes parties de l’exposition rendent compte de la complexité et de la diversité de ses intérêts et de ses travaux. Entre spiritualité, politique, publicité et naissance de l’Art nouveau, la carrière d’Alphonse Mucha mérite bien le parcours labyrinthique qui lui est consacré.

Zodiac
Le Zodiaque, Alphonse Mucha, 1896. (© Mucha Trust 2018)
Cathédrale Saint Vitus, St Wenceslas
Cathédrale Saint Vitus, St Wenceslas (duc de Bohème), agenouillé près de la Grand-mère Ludmilla, Alphonse Mucha, 1931. (© Mucha Trust 2018)
Emballage pour le «Savon Mucha violette»
Emballage pour le « Savon Mucha violette », Alphonse Mucha, 1906. (© Mucha Trust 2018)
Étude pour Femme dans le désert
Étude pour femme dans le désert, Alphonse Mucha, c. 1923. (© Mucha Trust 2018)
Etude pour l'affiche du 6e Festival
Étude pour l’affiche du 6ème festival de Sokol, Alphonse Mucha, 1911. (© Mucha Trust 2018)
La lune et les étoiles
La lune et les étoiles : étude pour « L’étoile du matin », Alphonse Mucha, 1902. (© Mucha Trust 2018)
Sarah Bernardt
Sarah Bernhardt : portrait en pied, étude, Alphonse Mucha, c. 1896. (© Mucha Trust 2018)
AFFICHE EXPO MUCHA
Affiche de l’exposition au Musée du Luxembourg, du 12 septembre 2018 au 27 janvier 2019. Réunion des musées nationaux – Grand Palais 2018. (© Mucha Trust 2018)
L’exposition Alphonse Mucha est présentée au Musée du Luxembourg jusqu’au 27 janvier 2019. 
Publicités

La modification corporelle serait-elle le futur de la mode ?

Des colliers à fleurs comme intégrés sous l’épiderme, des talons humains en forme de coquillage ou encore des plumes plus vraies que nature qu’on jurerait voir émerger d’une poitrine. Avec le débarquement en catimini de la marque A. Human, l’univers de la mode semble prendre un tournant pour le moins borderline.

© A. Human via Instagram

À l’image de nombreux buzz inopinés, tout a commencé avec une courte vidéo postée par nulle autre que Kim Kardashian. Sur son compte Twitter, celle-ci rapproche son smartphone au plus près de son cou, afin d’exhiber ce qui a tout l’air d’une sordide excroissance. En effet, la reine des réseaux sociaux semble arborer sous sa peau un collier floral qui, comme elle nous le précise, s’illumine à chaque battement de son cœur. Ce nouvel accessoire un brin étrange, notre chère Kim le doit à A. Human.

Jusqu’alors inconnue aux bataillons, cette marque high concept prend d’assaut le monde de la mode, célébrité après célébrité. En plus de la fille Kardashian, des personnalités notoires comme Chrissy Teigen et Tan France (Queer Eye) ont aussi montré leurs légères (si peu !) altérations physiques sur leurs comptes personnels. Avec ces prothèses customisées, A. Human frôle le transhumanisme et embraye même sur une réflexion presque philosophique, comme en témoigne un questionnement trouvable sur son Instagram :

« Quand tu peux changer ton corps comme tu changes de vêtements, est-ce que ton apparence perd tout son sens ou est-ce qu’elle veut absolument tout dire ? »

Après tout, la mode, haute couture ou non, a tellement pu expérimenter au fil des années et au rythme des Fashion Week qu’on en viendrait presque à se dire que la boucle est bouclée. La modification corporelle serait-elle, en toute logique, signe de renouveau pour ce secteur hypercréatif ? Simon Huck, le fondateur d’A. Human, semble être de cet avis.

© A. Human via Instagram

Depuis le 5 septembre 2018, la marque s’est installée en plein Manhattan dans une boutique intégralement consacrée à ces accessoires 2.0. Le hic, c’est qu’il ne sera pas possible de craquer son PEL dans l’espoir de se faire poser un collier scintillant sous la peau. En effet, A. Human envisage une arrivée sur le marché pour la saison printemps-été 2019. Mais en attendant, le magasin a d’ores et déjà ouvert ses portes pour les New-Yorkais et prend des airs d’exposition conceptuelle qui ravirait les meilleurs bobos parisiens.

Au vu des premières photos de cette expo partagées sur les réseaux sociaux, la boutique A. Human a tout pour se hisser au statut de temple du weird. Interviewé par Nylon, Simon Huck détaille l’objectif initial de sa marque :

« Chez A. Human, nous croyons que modifier notre apparence ne devrait pas se limiter aux vêtements, aux tatouages, aux piercings, et que les altérations faites à notre corps ne devraient pas avoir lieu simplement dans l’objectif de nous réparer. Nous croyons que toute personne, à quelque étape de sa vie, doit avoir la liberté de faire ses propres choix quant à son apparence, à la façon dont elle se sent et la manière dont elle va expérimenter le monde. Pour la faire simple, nos modifications corporelles sont conçues pour provoquer la curiosité et renforcer l’expression de soi. »

Pouvoir s’exprimer à travers son apparence, c’est totalement légitime. Après tout, c’est ce qu’on fait tous les jours via nos choix de fringues – et oui, porter volontairement des Crocs veut sans doute en dire beaucoup sur vous. En revanche, customiser ses épaules pour les affubler de cornes démoniaques, pas certain que ce soit très pratique à porter au quotidien.