Étrange Festival : I Feel Good, une satire sociale hilarante et jouissive du duo Delépine et Kervern

Présenté en avant-première avec humour et bienveillance par Benoît Delépine et l’acteur Lou Castel à l’Étrange Festival, I Feel Good est LA comédie de la rentrée à ne surtout pas rater. Le tandem inattendu Jean Dujardin et Yolande Moreau y révèle toute l’étendue de son talent.

Toujours sujette à un état dépressif depuis la mort de ses parents, profondément communistes, Monique (Yoland Moreau) survit et tente de remplir sa vie de joie en donnant de son temps au centre Emmaüs Pau-Lescar avec des camarades aussi investis qu’elle. Mais le jour où son frère Jacques (Jean Dujardin), en peignoir et chaussons, vient la voir après des années d’absence, la tranquillité des résidents d’Emmaüs va être bien chamboulée. Éternel capitaliste dans l’âme, fan de Bill Gates, Bernard Tapie, Donald Trump et autres « self-made men« , Jacques rêve de devenir extrêmement riche sans avoir besoin de bosser et trouve, selon lui, l’idée du siècle : “rendre les petites gens beaux”.

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© Ad Vitam

Benoit Delépine et Gustave Kervern ont investi ce village Emmaüs Pau-Lescar créé par Germain Sarhy et y ont apposé un regard bienveillant et chaleureux qui fait honneur au travail écoresponsable de ses résidents. En affrontant deux mondes différents avec un aspirant businessman et les plus démunis, le choc des classes se fait en douceur et sans violence avec deux visions de l’utopie diamétralement opposées. I Feel Good bénéficie d’une écriture intelligente avec un humour transgressif qui fait mouche. La moindre blague trash ou subversive tape dans le mille grâce aux talents du duo grolandais qui ne lésine pas sur les piques bien senties contre notre société autocentrée, capitaliste et égoïste. 

I Feel Good permet aussi de découvrir une autre facette de Jean Dujardin, qui excelle dans le rôle d’un simplet ambitieux, égoïste et à côté de la plaque. Si on ne peut s’empêcher de trouver à Jacques un côté Hubert Bonisseur de la Bath – l’un ayant une photo de l’Abbé Pierre dans sa poche, l’autre une photo de René Coty -, l’espion d’OSS 117 n’avait pas cette poésie naïve que Jean Dujardin arrive à insuffler avec brio au personnage qu’il incarne pour Delépine et Kervern. La start-up nation – survendue par notre gouvernement actuel, ici personnifiée par Jacques – en prend pour son grade et c’est vraiment jouissif.

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© Ad Vitam

Son duo avec Yolande Moreau, improbable sur la papier, fonctionne à merveille grâce à une relation frère/sœur tant émouvante que réaliste. L’actrice incarne une Monique délicieuse, sensible et touchante avec un sacré caractère quand elle s’y met. Tous les compagnons le clament haut et fort : “nous on l’aime Monique”. Et c’est ce bout de femme qui est le noyau dur du village Emmaüs où les valeurs de partage et de solidarité priment. Le reste du casting n’est pas en reste, on s’y attache facilement et on est vite et simplement porté par de très bons dialogues ainsi que des plans techniques intéressants. Ainsi s’enchaînent des prises de vue avec des comédiens parlant hors cadres, des séquences longues tournées en une seule fois et de nombreux plans fixes qui rythment à merveille le film.

I Feel Good possède tous les ingrédients pour être un succès en salles et c’est tout ce qu’on lui souhaite. Après les centaines de minutes du film, on en sort avec un sentiment d’apaisement, de sérénité et d’espoir pour un meilleur vivre ensemble. Gageons que la popularité de Jean Dujardin saura attirer les spectateurs plus réticents à ce genre de films à se rendre au cinéma pour supporter ce long-métrage burlesque dans un torrent de comédies françaises nauséeuses ces dernières années.

I Feel Good de Benoît Delépine et Gustave Kervern, en salles le 26 septembre.

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