Étrange Festival : The House That Jack Built, une véritable ode à l’art par Lars von Trier

Présenté en avant-première par Gaspar Noé à l’Étrange Festival, The House That Jack Built de Lars von Trier signe un retour en force pour l’ancien conspué et rejeté du Festival de Cannes.

Dans les années 1970 aux États-Unis, Jack (Matt Dillon) raconte son parcours de tueur en série via cinq incidents à un inconnu nommé Verge (Bruno Ganz). À travers les yeux du brillant serial killer, on assiste à son ascension toujours plus folle de barbarie et d’ingéniosité dans les meurtres qu’il commet. Malgré la police qui se rapproche dangereusement de lui, Jack, exaspéré par la situation, prend des risques aux dépens de ses TOC, autrefois salvateurs, qui le lâchent petit à petit.

Subversif et controversé, Lars von Trier a toujours dû faire face à des torrents de critiques et de réactions démesurées d’écœurement à chaque présentation de ses films. The House That Jack Built ne fait pas exception à la règle et sa projection hors-compétition au Festival de Cannes 2018 a provoqué des hurlements et des sorties de salle anticipées. Pourtant, après visionnage du film, les scandales annoncés sur certaines scènes choc paraissent bien ridicules. Le réalisateur danois livre ici son long-métrage le plus abouti et le plus personnel en faisant un bon doigt d’honneur aux critiques en transposant un peu de lui en Jack.

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© Concorde Filmverleih GmbH

Parce qu’il faut savoir que ce serial killer est non seulement d’une intelligence supérieure mais aussi un artiste dans l’âme. Chacun de ses meurtres, parfaitement mis en scène et photographié, est considéré comme une œuvre  d’art à part entière, inspirée de célèbres objets culturels allant de la peinture au cinéma en passant par la musique, la photographie et même les coutumes de la chasse à cour. Ce n’est pas pour rien si Lars von Trier insère quelques scènes de ses autres longs-métrages (Melancholia, Antichrist, Nymphomaniac, entre autres) pour appuyer son propos.

L’un des sujets mis en valeur par le cinéaste danois est aussi, comme son titre l’indique, l’architecture, Jack étant ingénieur passionné de design et de construction immobilière. Le tueur en série a, entre deux meurtres, le projet de créer la maison de ses rêves avec minutie et obstination. C’est finalement dans son œuvre de tueries qu’il atteindra son but ultime, qui l’entraînera au fin fond des enfers, noyau brûlant d’espace de création. Jack se fait par ailleurs appelé Mr. Sophistication, nom révélateur de ses névroses, et se délecte de la terreur qu’il fait régner en ville en exposant les coupures de presse le concernant chez lui.

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© Concorde Filmverleih GmbH

Revenu dans un rôle plus sombre dans la série Wayward Pines, produite par M. Night Shyamalan, après une carrière en dents de scie, Matt Dillon offre une prestation remarquable, entre ses accès de colère d’enfant associable psychotique et ses monologues d’explications scabreuses et détaillées de ses atrocités. Surtout, l’acteur de 54 ans joue à merveille d’expressions faciales et de retournements de situation burlesques, qui permettent une certaine légèreté lors de séquences ridiculement drôles.

Dans une ambiance quasi biblique où le mal est sans cesse remis en question, Lars von Trier s’interroge sur la relation entre la violence et l’art. Son esthétique et sa mise en scène atteignent un paroxysme puissant où la beauté et la laideur se rencontrent sans cesse dans un cheminement de montagnes russes qui nous fait traverser toutes les émotions. The House That Jack Built est un film complet qui redonne un bon coup de fouet au cinéma de genre, encore trop souvent critiqué alors qu’il offre le meilleur des terrains de jeu.

The House That Jack Built de Lars von Trier, en salles le 17 octobre.

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